BLOCUS D’ALEXANDRIE
tions. Belliard, qui était à la tête du corps d’armée du Caire, après avoir voulu tenter contre les Turcs une vaine parodie de la bataille d’Héliopolis, fit battre en retraite, pour la première fois, les soldats du mont Thabor devant les hordes du vizir, et s’enferma dans la capitale, où il fut immédiatement assiégé par les troupes turques et anglaises. Il capitula, avec les conditions du traité d’El-Arich, le 8 messidor an IX (26 juin 1801). La reddition d’Alexandrie n’était plus maintenant qu’une affaire de temps.
Comme nous l’avons vu de nos jours, dans des sièges mémorables, ce ne furent pas le courage ou le feu des assiégeants qui emportèrent la place. Il fallut, pour réduire ses défenseurs , les maladies et la faim ; le scorbut se déclara dans leurs rangs, on compta bientôt quinze cents malades dans les hôpitaux, sur lesquels quatre ou cinq par jour succombèrent. Larrey eut recours, pour arrêter cette épidémie, à une mesure qu’il avait expérimentée pour la première fois dans la campagne du Rhin, et qu’il devait renouveler à Wagram et en Russie. Il demanda à Menou de faire abattre les chevaux de l’armée que le blocus et la disette de fourrages rendaient du reste inutiles, et d’en faire distribuer la viande aux soldats. Mais ce ne fut pas sans peine qu’il amena le général en chef à prendre cette décision. Sans avoir rien tenté pour sortir d’Alexandrie, celui-ci espérait toujours qu’une circonstance heureuse le débloquerait. Larrey lui fit une scène violente, dans laquelle il lui démontra que les hommes et les chevaux allaient également succomber à l’inanition et qu’il fallait sacrifier les seconds pour sauver les premiers. Menou céda. Alors survint un autre obstacle. On n’était pas alors habitué, comme aujourd’hui, à se nourrir de viande de cheval. On la considérait comme malsaine, et Larrey eut à vaincre une assez vive opposition. Il passa outre et démontra bientôt par le rétablissement de ses scorbutiques et la cessation de l’épidémie que ce mode d’alimentation n’avait que des avantages et n’offrait aucun danger. Larrey, — il le dit lui-même, du reste, avec un certain orgueil, — est le premier qui ait fixé l’opinion à ce sujet. Mais ce n’est pas tout : non seulement
EXPÉDITION D’ÉGYPTE
il empêcha les troupes de mourir de faim, mais il améliora aussi leur ordinaire : on faisait du pain avec du riz. Ce riz était salé et donnait au pain un goût exécrable. Il inventa un procédé qui permettait de le dessaler. « Cette opération, dit Villiers du Terrage, qui semble négligeable, avait pour nous une importance capitale, car même les plus affamés pouvaient à peine manger ce pain salé1. »
Cependant les hôpitaux étaient encombrés de blessés et de malades, et, au commencement de fructidor, la position des assiégés était devenue des plus pénibles ; ils étaient réduits à ne se nourrir que de viande de cheval, et on pouvait prévoir le moment où bientôt cette ressource elle-même allait faire défaut. Les Anglais serraient la place de près, et il était à craindre qu’ils ne finissent par l’emporter de vive force. Sur la demande des généraux, Menou se décida à capituler, 13 fructidor an IX (30 août 1801).
L’armée obtenait les honneurs de la guerre et devait être transportée à Marseille avec ses munitions, ses armes et ses bagages. Malheureusement pour la science française, le général en chef, qui avait perdu l’Égypte par son impéritie, ne prit aucune précaution pour assurer, au moins à son pays, le résultat des recherches et des travaux de l’Institut. Les savants avaient déjà été eux- mêmes en butte à d’odieuses vexations de sa part. Ils avaient voulu s’embarquer à Alexandrie pour la France, après la capitulation du Caire, comme les y autorisait le traité souscrit par Belliard, et avaient obtenu l’autorisation de Menou. Mais il se passa alors une comédie indigne. Le général en chef les plaça entre le feu de l’escadre anglaise, qui menaçait de les couler s’ils avançaient, et celui des bâtiments français, auxquels il donna l’ordre de les canonner s’ils revenaient en arrière, et peu s’en fallut que ses instructions ne fussent exécutées.
Ces ridicules procédés n’étaient rien à côté des pertes vraiment sensibles que leur causait la capitulation. L’amiral
1 Op. cit.