CHAPITRE YII
ï. Larrey à Toulon. — Sa nomination de chirurgien en chef de la Garde des consuls. — Témoignage de reconnaissance de l’armée d’Orient. — Lettres de Ribes. — Larrey perd l’occasion d’être nommé chirurgien du premier Consul.
— Accueil que lui fait celui-ci à Paris. — Des Genettes et l’histoire médicale de l’armée d’Orient. — Inauguration du service de Larrey à l’hôpital de la garde consulaire. — Popularité que lui donnent ses actions d’éclat en Égypte.
— Il passe sa thèse de doctorat. — Larrey inspecteur général du Service de santé. — Phase heureuse de sa vie. — Mme Larrey et ses amis. — Sa sœur Emilie et le poète Demoustier. — Les poètes Campenon, Collin d’Harleville , Legouvé, Marie-Joseph Chénier; le peintre Girodet. — Mme Larrey aux Tuileries et à la Malmaison. — II. Le camp de Boulogne. — Échec du plan d’invasion de l’Angleterre — L’Empereur dicte à Daru le programme de la campagne de 1805.
Larrey trouva à Toulon des lettres de sa femme et des dépêches de service. Il n’avait pas été gâté par les lettres de sa chère Laville. Pendant toute la campagne, il lui avait écrit plus de quarante lettres et n’en avait reçu qu’une , au Caire, quelques mois avant le siège d’Alexandrie, et elle avait alors un an de date. Cette lettre unique le combla d’un bonheur qui n’était cependant pas sans mélange. Elle lui apprenait la naissance d’une fille, au lieu du garçon, nommé d’avance Hippolyte, qu’il continuait à attendre1. Mme Larrey lui avait donné le nom d’Isaure, qui était celui du premier-né qu’elle avait perdu. Nous verrons dans la suite que cette fille, dont Larrey accueillait assez froidement la venue, fut , au contraire , — comme cela arrive souvent , — le charme et la consolation de sa vie.
1 II attendit encore longtemps. Il ne naquit qu’en 1809.
ENTRE DEUX CAMPAGNES
Après avoir purgé sa quarantaine, il se rendit à Marseille, où était cantonnée l’armée d’Égypte. Il y fut reçu triomphalement , non seulement par les officiers , mais par toutes les classes de l’armée. Les troupes, rangées en ordre de bataille, furent passées en revue par Gardanne. Après la revue, on lut l’ordre du jour qui nommait Larrey chirurgien en chef de la Garde consulaire. Cette lecture fut accueillie par d’unanimes acclamations. Ce fut là un des premiers témoignages publics de la popularité qu’il avait conquise au cours de cette campagne de quatre années. Cette reconnaissance des « Égyptiens » , — c’est ainsi qu’on appela désormais les soldats de l’armée d’Orient, — pour Larrey dura toujours. Ils n’oublièrent jamais les périls qu’il affronta avec eux et pour eux, les marches rapides qu’il accomplit si souvent dans le désert pour venir au secours des blessés, les soins dont il les entoura pendant les longues et pénibles étapes, sa bravoure dans la tranchée, son dévouement inlassable des journées et des lendemains de bataille et la protection vigilante dont il les couvrait auprès des chefs de l’armée. Plus tard, soit au cours des événements militaires de l’Empire, soit même après le licenciement des armées provoqué par sa chute, partout où il rencontrait un soldat de l’armée d’Orient, que ce fût pendant les marches à travers les plaines brumeuses de la Pologne, ou au milieu des désastres de la retraite de Russie, dans un village perdu au fond d’une province française , au cours d’une inspection générale , ou encore à Paris, un jour d’émeute, devant une barricade, il était certain d’être accueilli par les « Égyptiens * avec la plus affectueuse reconnaissance et la joie la plus vive, et d’en recevoir tous les services qu’il leur était possible de lui rendre; parfois, cette aide eut un prix inestimable.
L’armée d’Égypte reçut l’ordre de se rassembler à Lyon. Rien ne retenant plus Larrey à Marseille , il en partit au mois de décembre 1802 pour se rendre à Paris. Il passa par Nîmes, où il revit son frère, et par Lyon où il séjourna.. Là, il apprit que le premier Consul devait se rendre dans cette ville pour y recevoir les hommages des représentants de l’Italie appelés