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LES LECTRICES
laquelle Napoléon a dit plus tard avoir trouvé le prince de Bénévent, dégoûta tellement l’Empereur que, sur-le-champ, la jeune personne fut priée de monter dans nne chaise de poste et, accompagnée seulement d’un valet, fut renvoyée à Paris. Ce fut alors que M. de Broglie la vit repasser aux Ormes, où il se trouvait chez son heau-père, M. d’Argenson.
On eut pourtant soin de couvrir la retraite et ce fut Joséphine qui s’en chargea. La lettre qu’eUe fît écrire à cette occasion à la reine Hortense mérite d’être regardée : en la rédigeant, à Bayonne, le 20 mai 1808, Deschamps dut s’amuser :
« Madame, S. M. T Impératrice ne voyageant pas seule, mais accompagnant l’Empereur, ii’a plus besoin d’autant de monde, et, dans la crainte que Mademoiselle Guillebault ne fût trop isolée, elle a préféré la rendre pour le moment à sa mère. L’Impératrice me charge d’en prévenir Votre Majesté et de l’assurer que, loin d’avoir le plus léger sujet de plainte contre Mademoiselle Guillebault, elle est satisfaite de son zèle et de ses talents. Aussi l’Impératrice se propose-t-elle de la rappeler auprès d’Elle à son retour et prie Votre Majesté de lui continuer vos bontés et de l’admettre à lui faire sa cour. »
A Paris, Mademoiselle Guillebault épousa un M. Sourdeau, lequel, par grâce de l’Empereur, fut préposé à la recette générale de Elorence, mais il en dissipa les fonds, et la Restauration vint fort à propos pour le tirer de ce vilain pas. Madame Sourdeau, en
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effet, sut se ménager une entrée près du duc de Berry, (( qui la trouva charmante et avec les plus beaux yeux du monde », et qui fit, en récompense, nommer le mari consul de France à Tanger.
Comme on voit, dans la vie de Napoléon, ces passades ne comptent point ; elles tracent à peine sur ses sens, pas du tout sur son cœur. Elles ne donnent nulle vue sur le côté affectif de sa nature ; elles renseignent seulement sur sa haine de l’intrigue, sur sa générosité, sur certaines de ses habitudes de vie. On trouverait encore d’autres aventures de même espèce, dont l’histoire ne présenterait guère plus d’intérêt, des aventures de garnison que, comme empereur, il paie deux cents napoléons, quand un capitaine de son armée les paierait vingt francs. Il en rencontre — ou plutôt on en rencontre pour lui — à Berlin, à Madrid, à Yieime. Il n’est pas fait d’une autre chair que ses maréchaux et que ses soldats : il est homme. Mais en lui les sens ne sont point si impérieux qu’il leur doive céder toujours.
A Vienne, il remarque une jeune fille qui, de son côté, s’est monté la tête pour lui. Par son ordre, on suit cette jeune fille; on lui fait la proposition, qu’elle accepte, de venir un soir à Schœnbrunn. Elle arrive, elle est introduite. Comme elle ne parle qu’italien ou allemand, la conversation s’engage en italien et, aux premiers mots. Napoléon découvre que cette jeune fille appartient à des parents respectables, qu’elle n’a
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nullement eonseience de ee qn’on attend d’elle, et que, si elle éprouve pour lui une admiration passionnée, son ingénuité est entière. Il ordonne qu’on la reeonduise immédiatement, il prend soin de son établissement, et lui donne une dot de 20,000 florins, faisant, au e ours du i®' septembre 1809, 17,867 Iranes.
Cet aete est loin d’être unique dans la vie de Napoléon : trois fois au moins il se répète, et la dernière fois, e’est à Sainte-Hélène !
LE SACRE DE JOSÉPHINE
Joséphine, dans eette vie qu’elle mène de perpétuelle inquiétude, de eontinuelle agitation en un très petit espaee, dans eette vie inoccupée, haletante, qu’elle emploie à espionner le maître, à surveiller les allants et les venants, à interroger les valets et les dames de compagnie, dans cette vie qu’elle distrait et amuse seulement par les cinq toilettes de la journée, par des visites de femmes, par l’achat à tout marchand qui se présente des futilités qu’il apporte, dans cette vie toute semblable par les occupations, les passions, les façons de juger et de se conduire, à celle d’une sultane vieillie en l’oisiveté du harem, ne se serait sentie assurée de l’avenir, établie définitivement en sa place, abritée contre tout accident fâcheux, que par un seul fait : la venue d’un enfant.
Dès la première campagne d’Italie, elle avait, avec Bonaparte, joué de la grossesse; mais c’était là un
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prétexte pour ne pas le rejoindre. Voyant comme il avait mordu à l’hameçon, elle, sans se rendre encore un compte exact de la situation, avait conservé pourtant, en son cerveau inattentif de femme frivole, l’impression A-ague que l’instinct de la paternité était en lui. Et elle eu avait tiré, pour satisfaire ses fantaisies de voyages et de séparations, des facilités qu’elle n’eùt point troiwées autrement : ainsi, au départ pour l’Égypte, son A oyage à Plombières. Mais à mesure que s’est élev ée la fortune du Consul, elle a compris que pour elle la maternité ne dcA ait plus être un prétexte, mais un but. Le trône, dont il monte progressivement cliacune des marches, ne ys. point sans une hérédité assurée. Bonaparte, restant consul et le chef d’une Répuljlique démocratique, Bonaparte ramenant les Bourbons et se contentant d’une grande place AÛagère dans la monarchie restaurée, pouA^ait se passer d’un lils; mais les splendeurs aléatoires d’un rôle à la Monk n’ont pas été pour le tenter, ni le désintéressement d’une AÛe à la Wasliington pour le satisfaire : une force extérieure, in\dsible, uii de ces courants populaires que rien ne brise, une de ces grandes marées de l’opinion c^ue chasse aux terres un A ent du large, aplanit dcA-ant lui les obstacles et le pousse du consulat de l’aii VIII, tout républicain encore, au consulat de l’an X, déjà autocratique, séparé seulement de la monarchie par un nom et surtout par cette insoluble question d’hérédité.
Autour de cette hérédité qui tient à elle, José-
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phine voit s’ag-iter toutes les ambitions des uns, toutes les préoccupations des autres : les frères de Bonaparte, déjà se tenant pour appelés à la succession; ses sœurs, se demandant si leurs maris ne pourraient pas avoir leurs prétentions; les généraux, les sénateurs, quiconcpic a grandi dans la Révolution ; la nation même, cherchant, après tant de bouleversements, une stabilité qui lui apparaisse plus que viagère, qui pour un laps de temps très long, presque indéfini, lui promette la sécurité qu’elle désire.
Si la monarchie se refait, qui appeler à l’iiérédité? Les frères du Consul? Mais à quel titre? L’iiérédité monarchique, en sa forme chrétienne, qui n’est que dérivée de la forme hébraïque, suppose nécessairement une institntion divine. Mais cette institution s’applique exclnsivement au chef de la dynastie et à ses descendants à quelque degré qu’ils se trouvent, pourvu qji’ils soient ses agnats, jamais à ses collatéraux. Pour habiliter à la succession les frères de Napoléon, pour leur créer un droit, il faudrait, par une des fictions familières à l’ancien droit, proclamer que feu Charles de Buonaparte a été empereur des Français; mais, en vérité, qui accepterait cette fiction? Une autre hypothèse : abandonner le droit hébraïque, ce qu’on nomme le droit divin ; en revenir au droit romain, à l’adoption : le Consul choisissant pour son successeur, dans sa famille on hors de sa famille, celui qu’il jugerait le plus digne. Mais quelles compétitions alors ! Et puis, la nation comprendrait-elle ?
surmonterait-elle le préjugé de la prédestination de la raee, de la désignation divine d’une lignée? La seule solution, en droit eomme en fait, qui fût simple, qui abolît les ambitions des uns et satisfît les instincts des autres, c’était que Napoléon eût des enfants. Or il n’en avait pas. A qui la faute ? A lui, ou à Joséphine ?
Joséphine sent bien que par là elle est vulnérable : aussi s’ingénie-t-elle. Elle court les stations d’eaux minérales en réputation de rendre les femmes fécondes : Aix, Plombières, I^uxeuil; elle se soumet à tous les traitements qu’il plaît à Corvisart de lui indiquer ; elle consiüte des empiriques; elle AÛsite des charlatans; elle fait les pèlerinages : à Plombières, on la suit au trou du Capucin, où Frère Jean, le gardien, lui promet eu vain tout ce qu’elle souhaite. Chaque fois qu’elle peut former une illusion ou une espérance, ce sont des joies qu’elle fait partager à Bonaparte, que celui-ci à son tour, tant il est heureux, confie à ses intimes. Puis l’illusion s’évanouit, et alors Napoléon, grincheux, lance des mots piquants et durs qui attestent sou désappointement. Un jour qu’il a décidé une chasse dans le parc de Malmaison, Madame Bonaparte, pleurant, vient à lui : (( Pouvez-vous avoir une pareille idée? Toutes nos bêtes sont pleines ! » Et lui, à haute voix, riposte : « AUons, il faut y renoncer : tout ici est prolifique, excepté Madame. »
En public, il en jette ainsi la faute sur elle; mais, dans le secret de sa pensée un doute s’est glissé que Joséphine prend soin d’entretenir et d’accentuer. Ne