‹ Napoléon et les femmes; l'amour (volume 2)Chapitre 6 sur 14 · LA GRASSINI IO · texte numérisé non relu

LA GRASSINI IO

aux expéditions, aux perpétuels changements de place ; qui l'attendrait toujours et ne le ferait jamais attendre ; qui, sans partager sa fièvre d'activité, s'associerait sans rechigner à tout ce qu'il lui plairait d'entreprendre, monterait dans la voiture qu'il mènerait à quatre, jouerait aux barres, suivrait ses chasses, l'accompagnerait au théâtre, toujours un sourire aux lèvres, toujours une douceur dans la voix.

A Joséphine, enfin, il réserve, dans ses desseins politiques, un rôle à part : cette France qu'il prétend reconstituer manque, suivant lui, de deux de ses éléments primordiaux : la Noblesse et le Clergé. Il se charge de rallier celui-ci et il compte sur sa femme pour attirer celle-là. Sans se rendre compte de la hiérarchie mystérieuse à laquelle était soumise l'ancienne société française, des nuances insensibles qui en distinguaient les diverses toteries et des abîmes infranchissables qui les séparaient, il envisage cette société en bloc : Joséphine, croitil, en a été, elle pourra la lui ramener; elle sera, près des émigrés, près des gens de cour ou de noblesse, près de tous ceux qui ont été du monde, l'intermédiaire naturelle et désignée : elle dispensera les bienfaits, elle répandra les faveurs, elle réparera les injustices, elle attirera peu à peu du camp

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ennemi tous ces déserteurs que lui, Bonaparte, veut voir rentrer dans la patrie ; elle servira, plus tard, de lien entre ce qui reste de l'ancien régime et ce qui s'est élevé du nouveau.

Certes, le rôle est beau et bien tracé :

pour le jouer, Joséphine a l'aisance, la politesse, l'élégance qu'il faut; elle possède à un degré suprême, l'à-propos des mots aimables et bien choisis, la générosité, la grâce en offrant des présents, le tact des accueils respectueux, une souplesse qui lui permet d'aborder tous les milieux et d'y être en chacun à son aise ; il lui manque, à la vérité, les relations que Bonaparte lui suppose : celles qu'elle a formées depuis la Révolution ne peuvent servir et seraient pour nuire au nouveau gouvernement si, dès le premier jour le Consul n'avait signifié la rupture.

Au début, donc, elle se trouve fort isolée; mais à proportion que Bonaparte s'élève, les obstacles s'aplanissent, les nuances se fondent, les ambitions s'éveillent. En émigration comme à Paris, chacun s'ingénie à chercher quel contact fortuit il a pu avoir avec ces Beauharnais ou ces Tascher ; on s'enquiert des alliances lointaines, des parentés vagues et jusque-là désavouées ; on a recours à des subalternes, à d'anciens

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