‹ Napoléon et les femmes; l'amour (volume 2)Chapitre 7 sur 14 · I.A GRASSINI I(X · texte numérisé non relu

I.A GRASSINI I(X

serviteurs, et bientôt un courant s'établit portant tout l'ancien monde quémandeur et besogneux, soit vers le salon jaune des Tuileries, soit vers le salon de stuc de Malmaison.

Ce courant, qu'on n'aille pas croire qu'il est dû à Joséphine, qu'il se prononce paj-ce qu'elle naquit Tascher et fut Beauharnais : il n'existe que parce que Bonaparte a entraîné Joséphine dans sa fortune. On vient à elle parce qu'elle est Mme Bonaparte et qu'elle approche du maître : on viendrait de même à elle quels que fussent son nom, son origine et son passé, uniquement parce qu'elle est le satellite de la planète dont on attend toute lumière. Pourtant, sincèrement peutêtre, Joséphine s'attribue une bonne part de ce mouvement ; elle fait croire à Bonaparte qu'elle lui rend en cela d'inappréciables services, et, ce qui est plus étrange, elle parvient à l'en convaincre. Il croit bien, lui, qu'il a conquis les prêtres, il peut bien croire que sa femme lui conquiert les nobles.

Quelle femme ne se fût contentée d'être ainsi montée à un tel degré d'honneurs ?

quelle ne se serait trouvée satisfaite de missions à la fois si diverses et si grandes ? Le Consul n'avait-il pas le droit de penser que, désormais, Joséphine, gardant quelque mé-

IIO NAPOLÉON ET LKS FEMMES

moire de ses infidélités pardonnées et quelque reconnaissance du pardon, prenant, avec les années, la notion de la distance qui sépare les âges, compatissant à des faiblesses qu'elle-même a éprouvées, laisserait passer des fantaisies qui ne pouvaient nuire ni à sa situation ni à l'affection que lui témoignait son mari, et qui, par la crainte que Bonaparte éprouvait du scandale, par la connaissance de ce qu'il se devait à lui-même, demeuraient toujours extrêmement secrètes?

Mais Joséphine ne l'entend point ainsi ; ce n'est point qu'elle se soit reprise de passion physique pour son mari ou que l'admiration et la reconnaissance aient provoqué en elle un amour moral si tendre et si entier qu'il verse dans l'extrême jalousie : elle ne pense qu'à elle-même, à sa position ; elle se dit que si Bonaparte se détache physiquement d'elle, il finira par divorcer : aussi vit-elle dans les terreurs, dans une perpétuelle appréhension, l'épiant et le faisant épier, payant des surveillants, s'abaissant à des espionnages, l'ennuyant de scènes, de larmes, de crises nerveuses, prenant pour confident quiconque l'approche et, à défaut de réalités, imaginant des rêves infâmes qu'elle donne pour des faits avérés, qu'elle déclare avoir vus, dont, au besoin, elle atteste par serment la réalité.

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