XXIV INTRODUCTION
et désertée aurait pu seule nous sauver encore. Depuis vingt ans, j'essaye de me former de lui une idée, et, depuis vingt ans, chaque lecture m'a apporté une preuve nouvelle que tout est à dire sur Napoléon, que son histoire est entièrement inconnue et toute à refaire. Pour commencer par le commencement, j'ai voulu le considérer en dehors des actes qu'il a accomplis et des événements qu'il a conduits. Législateur, diplomate, financier, administrateur, il est plus attirant et plus grand peut-être, mais ce n'est point \homme même. Pour arriver jusqu'à Xhommey ne faut-il point voir comment son cerveau fonctionnait, comment chacune de ses minutes était utilisée, quelle part il accordait à ses plaisirs, quelle influence les sens exerçaient sur lui, de quelle façon il éprouvait les passions afîectives, quel fils, quel amant, quel époux, quel père il était? A la distance où nous sommes placés, n'est -il point nécessaire, pour se représenter l'homme qu'il a été, d'ouvrir l'enquête le plus largement possible sur son existence quotidienne et d'appeler à son aide tous les témoignages? C'est ce que j'ai essayé de faire : les manuscrits, les livres, les brochures, les journaux, les dessins, les gravures, les bustes, les statues, tout ce qui le montre, tout ce qui émane de lui, tout ce qui parle de lui, j'ai cherché à le réunir. J'y ai été aidé par de puissants secours, et les marques de confiance ne m'ont point manqué. Nulle intention d'ailleurs de publier les notes que j'assemblais. Ecrire sur Napoléon, je ne m'en sentais point l'audace, tant je comprenais
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mon infériorité et mon impuissance. Ce n'est que lorsque j'ai vu je ne sais quels gens imprimer sur Napoléon des compilations de renseignements apocryphes, que j'ai senti le besoin de parler à mon tour, ne fût-ce que pour rétablir la vérité. Alors, de ces dossiers réunis pièce par pièce, copiés fragment à fragment, où j'avais accumulé toutes les notes prises dans les archives d'Etat et dans les archives particulières, dans les livres, dans les journaux, dans les brochures, tout ce que j'avais vu, lu ou entendu qui avait à mes yeux une valeur de témoignage, j'ai extrait la moelle, et tels que les faits m'apparaissaient je les ai racontés.
Je ne citerai, ni dans ce volume ni dans les suivants, aucune des sources où j'ai puisé. Plusieurs de ceux qui m'ont communiqué les documents les plus précieux m'ont imposé un secret qui arrête l'expression de ma reconnaissance, et, ne pouvant les nommer, il me semble que je ne dois nommer personne. Il ne me plaît point d'inscrire que tel renseignement provient de papiers qui m'appartiennent. De semblables références, suspectes de vanité, ne serviraient de rien à personne. D'ailleurs, cet appareil d'érudition destiné à éblouir un certain public n'est nullement une garantie de véracité. Divers écrivains dont on a récemment imprimé les pamphlets contre Napoléon ont semé au bas des pages des indications de sources avec une prodigalité sans exemple. J'ai vérifié ces indications : elles sont fausses. Pour mon compte, j'ai travaillé du mieux qu'il m'a été possible ; je suis