‹ Napoléon et les femmes, l'amourChapitre 9 sur 21 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

Us disaient ce qu'il avait fait et ce qu'il avait souffert, comme II avait vécu, les combats, les victoires, les apothéoses, les capitales conquises et les peuples délivrés ; ils disaient les fleuves à l'eau glaçante traversés à la nage, les Cosaques enlevés et jetés à Ses pieds, les charges fournies en criant Son nom, les duels, les batailles pour Sa mémoire ; ils disaient les supplices qu'on Lui a infligés; et nous pleurions alors, eux les vieux soldats, et moi le petit enfant! Que bénies soient-elles, ces larmes saintes que j'ai vues couler sur ces fiers visages, sur ces faces que couturaient les cicatrices, quand, après avoir parlé, ces hommes de fer restaient un temps les lèvres serrées, si pâles que leurs femmes, se levant, leur disaient : « Tu sais bien que tu as tort d'en parler. Gela te fait mal. » Et eux répondaient : « Il faut bien que je le dise à cet enfant ! » Ces larmes-là, en tombant sur mon front, m'ont baptisé ce que je suis, ce que je demeure, un croyant et un fidèle.

J'avais pu, des années durant, laisser sommeiller cette foi première. Au spectacle de ce jour-là, elle s'est éveillée et a maîtrisé tout mon être. J'ai vu, comme mes vieux et grands amis me l'avaient raconté, une chose terrible et infâme : une faction complice de l'étranger abattant l'Elu du Peuple et livrant la Patrie. J'ai vu des joies qui m'ont fait penser aux joies des nobles dames baisant à la bouche les Cosaques ; j'ai vu la sauvagerie humaine déchaînée contre le vaincu et, derrière ces bandes, pour leur souffler la haine et leur dicter leur marche, les mêmes

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hommes que jadis, avec des appétits et des passions pareilles ; puis d'autres hommes, non moins purs, et que ce siècle a vus grandir, — ceux qui gouvernaient hier et ceux qui gouvernent aujourd'hui.

De ce jour, je n'ai plus raisonné, je n'ai plus douté, j'ai marché. Volontaire anonyme, j'ai servi l'empereur Napoléon III; soldat inconnu, j'ai servi le Prince impérial. Embrigadé alors, j'ai tenu le poste qu'on m'a ordonné de tenir : j'y ai eu parfois quelque mérite, car c'était le moment où le Parti napoléonien me paraissait dévier le plus, à la fois des origines dont il devait s'inspirer et du but où il devait tendre. Mais je me confiais en l'avenir. Ce jeune homme avait les vertus qu'il faut à un Napoléon : l'audace, la droiture et la foi ; il aurait su comprendre sa tâche et la remplir. Lui disparu, j'ai, sans le chercher, rencontré le prince Napoléon. Il m'a accordé une confiance que je n'ai point sollicitée. Il a daigné dire que j'étais son ami. Il m'a, dans son testament, nommé le premier après les siens. Il m'a désigné pour, défendre sa mémoire, et si je n'ai point jusqu'ici remjdi la tâche qu'il m'a laissée, ce n'est point par ma faute.

Je me sens à présent séparé par des abîmes de ceux avec qui j'ai combattu jadis. Il n'est plus une seule pensée qui nous soit commune, plus une espérance. Je reste avec les morts, et, sorti de la lutte, je ne garde que des opinions historiques. Tout ce qui me resle d'activité, d'énergie et de faculté de travail, je veux le consacrer à étudier Celui qui, dans le passé, m'apparaît le sauveur et dont la tradition méconnue

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