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convaincu de l'authenticité des documents que j'ai employés ; je suis prêt à-en fournir la preuve en ouvrant mes dossiers. Mais pour convaincre ceux qui douteront de ma bonne foi, je ne m'en charge, ni ne m'en soucie. Tant vaut l'historien, tant vaut l'histoire. On a dit jusqu'ici que j'étais honnête : je le crois. Malgré la publicité considérable qu'ont eue ces articles, je n'ai reçu que deux rectifications de faits (l'une portant sur une date, l'autre sur un nom de lieu), et, par suite, je pense que, si des erreurs plus graves avaient été commises, on eût bien voulu m'en avertir. Je n'ai pourtant point la vanité de penser qu'il ne s'en rencontre pas, et aussi des omissions nombreuses. C'est pourquoi, en réunissant ces articles en volume, je supplie tous ceux qui le liront et qui auront quelque éclaircissement à me donner ou quelque document à me communiquer de vouloir bien m'en écrire.
Quant à l'esprit dans lequel j'ai conçu ces études, j'entends dire qu'il n'est pas éloigné du dénigrement et que j'ai rapetissé celui que j'aurais voulu grandir. Cela tient sans doute à la minutie de l'analyse et à la précision des détails. Pour parvenir à montrer TEmpereur tel qu'il est, il ne suffit point, comme font les poètes, de chanter sa gloire et d'employer des mots sonores, il faut, avec une scrupuleuse attention, déterminer chacune de ses habitudes et chacune des fonctions de ses organes. Il n'est point en son cerveau de circonvolution sans intérêt, en ses actes de mobile négligeable, dans sa vie de fait sans portée, dans son
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entourage même de personnage sans valeur. Je ne me suis point armé comme j'ai fait pour rédiger une apologie déclamatoire ou une généralisation sans preuves. Je mène, avec une rigueur de juge instructeur, une enquête dont je suis tenu de présenter tous les éléments. Ici, cette enquête se trouve porter sur les sensations et sur les sentiments affectifs ; plus tard, elle portera sur la Maison de l'Empereur, sur certaines des périodes de la vie de Napoléon où je me croirai assuré de montrer son caractère et sa façon de penser et d'agir. Le résultat final sera-t-il tel que je me l'imagine ? j'en ai la conviction ; mais si, pour rendre l'enquête favorable, j'en faussais quelqu'une des parties, si je ne présentais point chacun des faits que je rencontre avec une entière loyauté, je manquerais à mon devoir, et je ne mériterais point qu'on me croie.
Veut-on que Napoléon ne soit pas un homme? qu'il soit né, qu'il ait vécu sans que chaque jour un accroissement se soit fait en lui, tel en 1769 qu'en 1821, tel dès qu'il apparaît en France, petit écolier d'Autun, que lorsqu'il meurt à Sainte-Hélène après avoir été l'arbitre de l'Europe et le dominateur des Nations? Veut-on que, du berceau à la tombe, il n'ait ni commis une faute, ni subi un entraînement, ni profité d'une leçon? Veut-on qu'il ait été à ce point supérieur au reste de l'humanité qu'il n'ait partagé aucune de ses passions, éprouvé aucune de ses sensations, qu'il n'ait cédé à aucun des mobiles qui la font agir? Alors, ce n'est plus un homme, c'est un
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dieu ; il est un de ces êtres surnaturels, formés par riniagination des peuples, dont les prenaiers vag-issements renferment des enseignements aussi sublimes que leurs paroles suprêmes, qui n'ont ni enfance, ni jeunesse, ni maturité, car, d'un bout à l'autre de leur passage sur terre, ils ne font qu'accomplir la mission dont un dieu supérieur les a chargés. Mais, si Napoléon est un homme tel que les autres hommes, doué seulement d'un cerveau remarquable, ses idées, et par suite les actes que ses idées lui ont suggérés, n'ont point dès sa naissance été classés et réglés par une providence ; ils lui appartiennent et n'appartiennent pas à un dieu ; ils sont le produit de son cerveau et non l'efTet d'une volonté extérieure. Luimême n'est pas l'instrument prédestiné dont le germe, traversant sans se souiller et sans se corrompre toute une lignée d'êtres quasi divins, se transmet de génération en génération, ballotté de sexe en sexe, portant en puissance dans l'atome impondérable qui doit être son cerveau les fortunes des nations : il est un être qui, des atavismes antérieurs, tient sans doute quelques impressions confuses, mais que l'éducation a formé, que les lectures ont instruit, qui, de chaque expérience de la vie, a retenu quelque idée, dont il faut suivre l'évolution graduelle, dont il faut surveiller les sensations accidentelles, dont l'homme enfin peut se rendre compte, car il est son frère et rien de ce qui est en lui n'est étranger au commun des hommes. Et c'est pour cela qu'il importe de voir Napoléon en présence de la femme. La nature a attaché à la
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jierpétuation de l'espèce, fonction essentielle du mâle, toute une série de sensations qui l'entraînent, l'obligent, le subjuguent, auxquelles la plupart des actes de son existence sont subordonnés. Chez l'homme, ces sensations ne sont ni moins actives ni moins violentes ; elles lui fournissent la plupart de ses sentiments, engendrent un grand nombre de ses idées, déterminent ou occasionnent les manifestations les plus vives de son caractère. Même lorsque l'homme est Napoléon, même lorsque la femme semble jouer dans sa vie un rôle médiocre, il est indispensable de savoir quelle est la femme et de noter quels rapports il a eus avec elle, quelles sensations elle lui a données, de quelle nature, physiques ou morales ; quels actes ont eu la femme pour objet; enfin, quelle influence ont exercée sur la direction de sa pensée les idées inspirées par la vue et la conversation de la femme, par la cohabitation avec elle.
Sans doute, à de telles entreprises on risque d'êtr soupçonné de chercher le scandale : ces listes qu©" i'établis, ces témoignages que je recueille, ces détails que j'accumule choqueront sans nul doute la pudeur des Tartuffes qui voilent le sein de Dorine au sortir d'un attentat sur Elmire. Il se rencontre des êtres éthérés et sans tache qui ne souffrent point qu'on fasse allusion devant eux à cet acte sans lequel la nature animée périrait, et qui, en soi, s'il est toujours identique et conséquemment dénué d'intérêt, est accompagné de préliminaires et de suites qui varient à l'infini, qui montrent l'homme sous