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les jours les plus différents, qui expliquent et commentent sa vie, qui en établissent le lien, qui seuls en découvrent le secret. Il faut bien noter cet acte, puisque sans lui les préliminaires resteraient sans cause et les suites sans raison ; mais cet acte qui fait le lexte de toutes les conversations, l'intérêt de toutes les réunions mondaines, l'attrait de tous les bals, le nœud de toutes les pièces, le sujet de tous les romans, cet acle qui est la base même de la famille et le lien de la société, il est obscène d'en parler dès qu'il s'agit de personnages historiques. L'histoire doit être expurgée comme si le public qui lui est réservé était recruté dans des pensionnats de jeunes filles. A elle seule, il est interdit de montrer que l'un des plus violents ressorts de l'humanité c'est de plaire à la femme. Elle seule doit ignorer que l'amour — ou ce qu'on appelle ainsi — est au fond de la plupart des événements qui ont le plus profondément troublé les destinées des nations. C'est là une hypocrisie que je laisse à d'autres. Le récit sincère d'une liaison de Napoléon en apprend plus, à mon avis, sur son caractère, que la narration d'une guerre ou d'une négociation. Ce qui importe c'est lui ; ce qu'il faut connaître c'est son âme, son cœur, son esprit. Or, qui peut soutenir que l'on sait le moral d'un homme si l'on ignore comment il se comporte à l'égard de la femme et quelle place il lui accorde dans sa vie ?
Dans les romans d'à présent, pour le besoin d'ure thèse, toujours passionnelle, les écrivains ont le
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lîroit d'analyser longuement chacune des sensations amoureuses, physiques ou morales, de leurs héros imaginaires, et à ces inventions le public se passionne, les femmes s'exaltent, et il y a délire dans les salons et les académies. La psychologie de tels livres est curieuse sans doute, mais elle est toute d'invention, faite de pièces rapportées, puisée dans des confidences ou des observations épisodiques. Il n'importe, c'est une science ; elle est revêtue des estampilles les plus officielles et, bientôt, elle aura en Sorbonne des chaires oii on l'enseignera comme elle a déjà dans le monde des professeurs qui la démontrent. Mais que, avec l'ensemble des lettres, des aveux, des conversations d'un homme, à l'aide des témoignages les plus divers et les plus variés, en s'entourant de tous les renseignements qui peuvent servir à reconstituer une vie humaine, l'on essaie d'expliquer comment cet homme, qui dans l'histoire tient la première place, a compris, jugé et aimé les femmes; qu'on en écrive franchement, librement, chastement, en se gardant de tout mot cru, en s'interdisant toute description, en se bornant strictement à rapporter le procès, n'importe ! on est un de ces pornographes que méprisent les hommes sérieux et dont on dit qu'ils écrivent des bêtises. Soit !
J'honore à ma mode l'homme incomparable auquel je voudrais qu'on élevât des autels ; je demeure convaincu que plus on approfondit son histoire, plus on l'admire ; que mieux on fait connaître sa vie, mieux on le sert; que l'élément que je fournis aujourd'hui
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à l'enquête, indispensable pour apprécier son être moral, paraîtra de quelque valeur au public sincère et de bonne foi ; et, comme je ne demande rien à personne, que je n'aspire à aucune place et que je ne recherche aucun suffrage, je passe mon chemin.