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leur famille, le désir de jouer un nouveau rôle, Tambition fort légitime de retrouver les positions qu'ils •avaient perdues ou d'en occuper de supérieures.
Ils se flattaient de connaître le seul système d'administration qui convînt à leur pays. Ils avaient appliqué ce système avec une habileté qui n'est point contestable, une intégrité à laquelle on commence seulement à rendre justice, une équité professionnelle qui a disparu. Chacun d'eux a le droit de dire qu'il a été pour une large part dans la prospérité matérielle dont la France a joui pendant quarante ans. L'esprit de gouvernement était en eux : ils savaient commander et obéir. Ils possédaient entières les vertus de leur classe et y joignaient une vertu moins commune dans cette classe même, celle du sacrifice.
Ils tombaient d'accord que, en l'an XII comme en 4852, l'Empire avait été en principe une délégation de la souveraineté nationale. Ils ne pouvaient donc, quelles que fussent au fond les répugnances de plusieurs d'entre eux contre le suffrage universel, rompre en visière avec lui; mais ils tenaient les consultations acquises pour suffisantes, ne se résignaient que mal à la nécessité d'un plébiscite nouveau, et repoussaient avec horreur tout gouvernement démocratique qui n'avait point l'hérédité pour base. C'est que, en effet, si l'Empire leur plaisait parce qu'il avait été un régime d'autorité et que la plupart d'entre eux — au moins tant qu'ils ne furent point entrés au parlement — haïssaient sincèrement le parlementarisme, il leur agréait surtout parce que, dans sa formule
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dynastique héréditaire, il leur présentait une conciliation pratique entre la monarchie qu'ils regrettaient et la part de la démocratie qu'ils jugeaient inévitable. L'Empereur leur apparaissait, non pas comme l'organisateur prédestiné d'une société nouvelle, mais comme le gardien et le protecteur des intérêts de la société ancienne. Par là, la plupart d'entre eux se rattachaient de si près aux opinions conservatrices qu'ils arrivaient à se confondre avec les Conservateurs y c'est-à-dire avec les partisans des deux monarchies bourboniennes. Sauf sur la question de l'origine du pouvoir et sur quelques applications secondaires du pouvoir même, ils étaient d'accord avec eux sur tous les points, et, si un Napoléon s'était avisé de discuter ce programme, c'eût été le programme qu'ils eussent préféré au Napoléon.
La doctrine législative, religieuse, politique, qui résulte des actes, des écrits, des modes de gouvernement de Napoléon I", ils ne l'acceptaient que sous les réserves les plus expresses ; souvent même ils s'en détachaient entièrement. Napoléon III était trop près encore pour qu'on pût le renier aussi librement. Toutefois, on ne se gênait point pour penser qu'il avait été bien loin, que certaines des lois qu'il avait proposées étaient singulièrement révolutionnaires, et, si l'on ne se parait assez volontiers des mesures prises sur son initiative pour améliorer le sort du peuple, on considérait que c'était là un maximum, et qu'avancer davantage, reprendre même certains projets déjà étudiés, ce serait compromettre la Société. Pour ne citer
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que deux points, il n'est pas douteux que la liberté des grèves et l'obligation de l'instruction primaire avaient peu ou n'avaient point de défenseurs. Dans la politique extérieure, c'était pis encore : pas un n'eût soutenu le principe des nationalités; pas un n'eût fait sincèrement l'apologie de la guerre entreprise pour l'indépendance de Tltalie ; la guerre de Crimée, celle de Chine, trouvaient grâce péniblement : en telle façon que, si l'on essayait de rechercher quelle somme d'idées appartenant à l'Empereur Napoléon III les chefs du parti bonapartiste avaient retenues pour former 'leur corps de doctrines, on était surpris de n'en trouver presque absolument aucune. Par contre, ils professaient des théories qui venaient des légitimistes, des orléanistes, ou même des parlementaires républicains. Et c'est ainsi qu'on avait constitué un bonapartisme où il manquait aussi bien les idées des Bonaparte qu^'il y manque à présent le Bonaparte même.
Cette annihilation de la doctrine napoléonienne SlVX mains de ceux qui, très sincèrement, s'en proclamvu.'^nt les défenseurs ne s'est accomplie que petit à petit; le travail de désagrégation n'a commencé à être visible que du jour où quelques-uns d'entre eux, étant entrés dans l'Assemblée nationale, se sont constitués en groupe parlementaire, ont recherché des alliances avec les autres groupes et ont contribué à la chute de M. Thiers et à la nomination de M. le maréchal de Mac-Mahon. Dès lors, ils n'ont plus été qu'une fraction de l'Union conservatrice, et, comme ceux-là qui formaient l'immense majorité de cette Union
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conservatrice étaient des royalistes, les bonapartistes ont été absorbés par eux. Les contacts journaliers, les alliances de couloirs, les relations de société ont fondu ensemble des couleurs qui déjà n'étaient plus que des nuances, si bien que, après vingt-trois ans écoulés, il est devenu impossible de distinguer, à la politique qu'ils suivent, les députés qui avaientété élus comme bonapartistes de ceux qui ont été nommés comme monarcbistes.
Tout naturellement, presque dès les premiers jours, ils avaient jugé que le mandat dont ils étaient investis les revêtait d'une autorité à part et leur attribuait la direction : ils considérèrent que, étant sur place, participant dans une mesure au gouvernement, ayant en tout cas une vue directe sur ses actes, ils étaient plus aptes que qui que ce fût à juger ce qu'il fallait faire dans l'intérêt du parti. Ils n'admettaient donc que ad référendum les ordres de leur Prince, les discutaient et le plus souvent refusaient de les suivre. Lorsque l'exécution de ces ordres eût pu, dans la moindre mesure, compromettre leur réélection, ils se révoltaient franchement, car l'intérêt primordial du parti, tel qu'ils le comprenaient, était qu'ils conservassent leur siège. Et ainsi, sans se douter qu'ils mettaient à bas, par la pratique, l'unique principe politique qui leur restât, ils substituaient à la doctrine d'autorité une doctrine d'autant plus étroitement parlementaire, que, dans leur parlement au petit pied, chacun d'eux ayant perdu le sens de l'obéissance se croyait apte à commander.