‹ Napoléon et les femmes, l'amourChapitre 5 sur 21 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

Ainsi, peu à peu, s'est effrité ce qui pouvait rester d'état-major au parti napoléonien. Durant la minorité du Prince impérial, le parlementarisme s'y est glissé. Lorsque le Prince impérial, majeur, voulut reprendre la direction qui lui appartenait, il éprouva de telles résistances que, vraisemblablement, le projet de son départ au Zululand lui a été inspiré par la pensée que, au retour, il serait mieux en mesure de faire respecter son autorité. Dès que le prince Napoléon tenta de s'établir comme le chef, les révoltes se manifestèrent, et elles prirent le caractère que l'on sait lorsqu'il prétendit séparer son drapeau des drapeaux monarchiques. A présent, c'est bien simple : c'est fini du groupe comme du parti. Celui-ci est mort de celui-là. Le parti s'est de nouveau fondu dans la nation; mais le jour oii celle-ci rencontrera Thomme qui incarnera ses aspirations de gloire, d'autorité et de rénovation sociale, le courant populaire se reformera de lui-même, le parti renaîtra, et si l'homme est à la hauteur de sa mission, l'on verra de quelle valeur seront alors les machinations des parlementaires bourgeois pour s'opposer à la marche de celui que Carlyle nomme si justement « le Héros ».

Ces idées triompheront tôt ou tard, ou bien il n'y aura plus de France. C'est là l'unique conviction qui demeure en mon esprit, mais d'autant plus ferme que l'aventure que nous avons vu courir il y a quelques années, n'a pu l'ébranler. Si l'homme que poussait alors vers le pouvoir suprême une incroyable fortune, n'a pu l'atteindre et a été précipité du faîte où il

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louchait, c'est qu'il s'est maïKjié à Im-m'me, c'est qu'il n'avait point l'àme à la hauteur de ses lîestinces, c'est que l'on ne s'improvise point César, on ne le devient même point : on naît tel.

Je ne devais rien à l'Empire ; je n'avais nul lien de famille qui m'attachât aux Bonaparte, nulle ohh'gation de reconnaissance. On m'a payé une pension nationale de 600 francs jusqu'à l'âge de seize ans : c'était le prix de la mort de mon père, tué le 23 juin 4848. La République, en m'adoptant avec les autres orphelins, m'avait fait ce don; je ne pense pas qu'on le trouve excessif, et ce n'était point ce bienfait qui m'avait rendu républicain.

Je l'étais ardemment sous l'Empire, parce que l'éducation classique, une jeunesse solitaire, beaucoup de lectures et une certaine rectilignité dans les idées m'avaient fait tel. Je me représentais une république fondée sur la vertu comme la veut Montesquieu, et les hommes de la Révolution, grâce à la légende, m'apparaissaient les plus vertueux qui eussent jamais existé. Je ne doutais point que ceux qui disaient suivre leur exemple ne fussent tels et que la Montagne ne fût exclusivement fréquentée par des gens de bien, aux âmes nettes et aux mains pures. De toutes les Constitutions une seule me semblait avoir des origines légales, émaner de la souveraineté du peuple et contenir les articles fondamentaux de la foi réÎDublicaine : c'était la Constitution de 93. Il est vrai

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qu'elle n'avait jamais été mise en vigueur, mais elle était à ce point théorique que l'on eût dit qu'elle avait été rédigée par Rousseau lui-même.

Il est sain de rêver ainsi. Napoléon a dit : « 11 y a eu de bons Jacobins. Il a existé une époque oîi tout homme ayant Famé un peu élevée devait l'être. Je l'ai été moi-même, comme tant de milliers d'autres gens de bien. » C'est là une compagnie que, sur un tel garant, l'on peut avouer. Ceux qui, dans la jeunesse, ne vont point à ces idées, ne les poussent point à l'extrême, qui déjà prétendent être pratiques et modérés, sauront peut-être mieux mener leur fortune et s'avancer dans la vie, mais ils n'auront jamais senti sur leur front l'ombre rafraîchissante de ces grandes ailes qui enlèvent l'esprit, au-dessus de la boue terrestre, vers la grande, l'éternelle patrie des âmes droites et justes, la patrie des rêveurs et des sages. Ils n'auront point gardé, de ce rapide passage à travers le bien idéal, l'aspiration continuelle vers le progrès, seule religion qui soutienne l'examen et qui brave la critique. Ils ignoreront toujours la joie que donne à la conscience la recherche désintéressée de la vérité. Ils seront des hommes d'expédients, non des hommes de principes. Ils se plieront aux faits et tiendront que, pourvu qu'ils leur apportent des gages plus ou moins forts, les gouvernements sont meilleurs ou pires. Ils sont les habiles et on les en loue. Mieux vaut sans doute, pour soi, rester avec les honnêtes et qu'on vous en blâme.

On ne croit pas très longtemps à la Constitution de

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1793 lorsque Ton a Tinstinct de la recherche et le désir de s'instruire. Devant les livres, les hrochures, les journaux accumulés, mon enthousiasme pour les hommes du passé s'éteignait graduellement, et un peu d'expérience des êtres me montrait ceux du présent tels à peu près qu'ils étaient.

Des Constitutions qui avaient été soumises à la nation, qui par suite avaient, en droit démocratique, des origines légitimes, celle de l'an VIII me paraissait viciée à son origine par le Dix-huit brumaire, celle de 1852 par le Deux décembre; mais, pourtant, comment expliquer qu'une telle consultation solennelle, quatre fois renouvelée, eût donné des résultats identiques? Si contraint qu'eût été le peuple, comment admettre qu'il n'eût point trouvé quelque moyen de manifester sa haine ou son mépris, si les hommes qui s'étaient proposés à son vote lui avaient été odieux comme on disait, si les idées qu'on avait présentées à son acceptation avaient révolté ses sentiments intimes? Gela était étrange et me donnait à penser. D'ailleurs, si le plébiscite de 1831 était nul, l'élection populaire de 1848 gardait sa pleine valeur et, là, l'on ne pouvait parler ni de pression ni de terreur. S'il y avait eu pression, c'étaient les autres qui l'avaient tentée. L'àme populaire, échappée aux griffes des bourgeois, malgré la candidature officielle la plus éhontée, malgré la rage des parlementaires, malgré la terreur des déportations, le spectre rouge, les baïonnettes sanglantes, malgré les risées et les caricatures, malgré la presse déchaînée, la police

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