‹ Napoléon et les femmes, l'amourChapitre 6 sur 21 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

aboyante et un ministère d'honnêtes gens arrêtant les diligences, cette âme confuse et flottante, dispersée et désunie d'ordinaire, s'était ce jour-là tout assemblée, toute confondue et avait communié en Napoléon. Certes, jamais spectacle plus étrangement '■ i3eau — car on a su le rendre singulièrement rare — ne s'est vu dans l'histoire ; c'est proprement là l'acte de naissance du second Empire, et il n'en est guère qui soit plus authentique. Mais, quoi î il fallait donc passer sur la violation du serment, sur les massacres prétendus, sur l'Assemblée dispersée, désapprendre les Châtiments, ce livre de chevet de ma génération. Cela était dur, et j'avais peine à me résigner, surtout après avoir mis de la littérature dans le raisonnement politique.

J'en étais là de mon évolution mentale, lorsque, au mois de mai 1870, l'Empereur proposa le renouvellement du contrat conclu entre le peuple et lui. Nul ne peut dire que cette consultation n'a point été libre, que les adversaires de l'Empire n'usèrent point pour le combattre des armes les plus déloyales, que la défense ne fut point d'une modération sans exemple. J'assistai au plébiscite et j'y pris part. Désormais, qui donc pouvait nier que l'union conclue entre la nation et son chef, si elle avait été proposée par celui-ci, avait été consentie par celle-là? Qui donc pouvait invoquer à nouveau le souvenir du Deux décembre et prétendre qu'il viciait le vote nouveau, émis dix-neuf ans plus tard ?

Ce n'était là qu'une part, non la moindre à coup

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sûr, mais encore relative, des satisfactions que pouvait exiger un esprit théorique. Pour qui était hanté par la passion d' « améliorer le sort de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre », il était un autre ordre d'idées dont un gouvernement devait poursuivre l'application pour qu'il fût le gouvernement désirable, le gouvernement souhaitable, qui convînt à la fois au présent et à l'avenir.

Faute d'un chef, toute nation périt. Avec un chef, môme qui s'est imposé à elle, même qui n'a point été choisi par elle, une nation vit. Mais, élu par le peuple entier, combien ce chef est-il plus puissant pour le bien et plus libre dans son œuvre ? L'élection plébiscitaire peut seule ranger à son devoir et restreindre à ses droits ce Tiers-Etat qui, à chacun des partis, à ceux mêmes qui se prétendent les plus démocratiques, a fourni jusqu'ici des orateurs et des meneurs, où tous les gouvernements ont recruté leur administration, et qui, par là, sous des vocables divers, détient de fait, même en temps de suffrage universel, la somme tout entière du pouvoir. Gela dure depuis cent ans, et il n'y a eu d'interruption à cette dictature du Tiers que les périodes impériales. L'Assemblée constituante avait proclamé l'avènement de la bourgeoisie, et supprimé les trois puissances qui lui faisaient ombrage : le Roi, la Noblesse et le Clergé. La bourgeoisie a donc régné sans conteste dans la Législative et dans la Convention. C'est par elle et pour elle que le Directoire a existé. Quelque rôle qu'elle ait joué sous la Restauration, elle n'a

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