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point trouvé qu'elle lui fût assez soumise et lui a substitué la Monarchie de Juillet, par laquelle elle a été audacieusement souveraine. Dans l'Assemblée constituante de 48, comme dans la Législative, elle a engagé la lutte contre l'élu du peuple, d'abord à cause de son origine plébiscitaire, puis parce qu'elle craignait en lui un adversaire pareil à celui qu'elle avait rencontré un demi-siècle auparavant. Le Deux décembre n'a point été un attentat contre la souveraineté du peuple — puisque son auteur était l'élu du peuple, — mais un attentat contre la souveraineté de la bourgeoisie parlementaire, attentat que cette bourgeoisie a d'autant moins pardonné qu'elle s'est sentie plus menacée en ses usurpations et qu'elle a craint davantage que le dictateur populaire ne tirât toutes les conséquences du vote national qui l'avait investi d'un pouvoir suprême.
En effet, en même temps que, depuis 1830, la bourgeoisie assumait entièrement la direction politique de l'Etat, une transformation économique s'accomplissait dans le monde et, au travail individuel de l'ouvrier, aux petits ateliers conduits par de petits patrons, besognant eux-mêmes et faisant besogner sous leurs yeux, substituait l'effort collectif de masses humaines, les grandes manufactures alimentées par des capitaux externes et anonymes, la direction impersonnelle et irresponsable d'un gérant.
Le Tiers-Etat a fourni les capitaux, entendant qu'ils rapportassent le plus possible, et, pour augmenter leur produit, il a mis au service de ses gérants les
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lois, le gouvernement et l'armée. Il a inventé le protectionnisme, pour vendre plus cher ; il a imagiiié toute une série de tyrannies pour contraindre le' fabricant prolétaire à demeurer dans sa misère, à ne point se coaliser pour la diminuer. Il a ainsi créé luimême l'antinomie entre l'exploitant et l'exploité, et donné naissance aux revendications de ce qu'on commence à nommer le Quatrième-Etat. De cette classe, pour noter ses débuts et suivre ses accroissements, deux dates suffisaient : juin 1832, une émeute qui dura deux jours à peine ; juin 1848, une insurrection qu'il fallut une armée pour vaincre et qui tua plus de généraux qu'il n'en périt dans une grande bataille. Et dès les premiers jours de 1870, n'était-il pas permis de prévoir la Commune ?
Pour empêcher que cette révolution, ajournée seulement par la victoire de la bourgeoisie en mai 1871, fût, non seulement en France, mais en Europe et dans le monde, la plus sanglante et la plus épouvantable qui ait jamais été et fit retourner l'humanité vers la barbarie, il fallait une dictature modératrice, où le dictateur fût suffisamment instruit
des intérêts du Tiers-Etat et des besoins du Quatrième- Etat pour concilier dans une mesure les uns avec les autres, pour imposer aux uns et aux autres les sacrifices nécessaires et faire accepter aux deux classes ennemies une sorte de concordat. Hais, pour accomplir dans l'ordre industriel l'évolution que Napoléon P"" a accomplie dans l'ordre agraire, le dictateur se pouvait tirer son autorité que d'une consultation
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nationale qui, par le fait même de son caractère plébiscitaire, met à leurs rangs respectifs la minorité possédante et la majorité indigente, rend par suite l'élu d'abord Thomme de la majorité. Si pour une telle œuvre un souverain de droit divin est radicalement impuissant par ses origines, ses entours, ses appuis, le principe même sur lequel repose son pouvoir, combien plus une assemblée toute composée de ceux mêmes qu'il faudrait dépouiller ? La Noblesse a eu sa nuit du Quatre août, où elle a abdiqué ses privilèges honorifiques ; c'était un sacrifice déjà immense, mais l'orgueil seul le faisait; la Noblesse ^Ile-même n'a point, le Quatre août, abdiqué ses privilèges pécuniaires ; elle a consenti seulement à ce que la nation les lui rachetât. Le Tiers-Etat n'aura point sa nuit du Quatre août ; il ne peut l'avoir : ses privilèges, il les doit à l'argent, et ce serait l'argent qu'il faudrait qu'il sacrifiât.
Personnellement, l'empereur Napoléon III avait la perception de la grande œuvre qu'il avait à accomplir. Personnellement, non point en homme de volonté, car il avait peu de volonté, non point en homme de génie, car il n'avait point de génie, mais en homme intelh'gent, honnête et convaincu, il s'y était efforcé. Malheureusement, il fat durant tout son règne le prisonnier de ce Tiers-État, contre lequel et malgré lequel il avait été élu. Dès les débuts, obligé par a Constitution de choisir ses ministres dans une assemblée bourgeoise et qui lui était ouvertement hostile, il dut gouverner avec un personnel dont pas
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un de ceux qui le composaient n'avait voté pour lui. Plus tard, libéré de rAsscmblée, il fut contraint par la force môme des choses de prendre tous ses instruments de règne dans le Tiers-Etat. Qu'ils vinssent de droite ou qu'ils vinssent de gauche, ils étaient semblables, et ce n'était que par renlèlement doux de sa nature qu'il parvenait à imposer le principe des réformes sociales qu'il tentait. Si l'Empereur n'avait point trouvé à s'associer quelques hommes, bourgeois d'origine, mais qui, ayant passé par la secte saintsimonicnne, en avaient conservé la passion de Tllumanilé, la plupart des rêves conçus en exil par l'auteur de Y Extinction du paupérisme fussent restés des rêves. Pouvait-on faire mieux qu'il n'a fait? Gela est possible. Pouvait-on avec une volonté restreinte aimer davantage le peuple, le mieux comprendre, s'employer à le mieux servir ? Non.
Je ne voyais en ce temps que le résultat. Il était grand déjà, mais l'idéal que se forment les jeunes gens et qu'ils voudraient accompli d'un seul coup est loin de la réalité. S'avouer que la source du pouvoir impérial était légitime, c'était une victoire sur mes préjugés acquis ; reconnaître que celui qui exerçait ce pouvoir avait relativement compris et rempli son mandat, c'était un résultat d'expérience, et ma bonne foi était contrainte de s'y rendre. Mais pour établir dans la conscience une conviction qui s'y installe en souveraine, qui y absorbe tous les autres sentiments et produise cette sorte de fanatisme qui résulte de la foi, il fallait qu'une étincelle électrique