‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 10 sur 141 · SENATUS-CONSULTE DU 30 JANVIER · texte numérisé non relu

SENATUS-CONSULTE DU 30 JANVIER

A présent, Napoléon est tout à l'avenir, tout à la famille qu'il va fonder, à la dynastie qui, sortie de sa chair, emplira les âges. Sa race frémit en lui et, pour elle, il trouve l'Empire trop étroit et la part qu'il a taillée aux siens trop large. La montée en lui de cette pensée s'exprime par des actes où l'on ne peut la méconiiaîlrc. D'abord, c'est (30 janvier) le sénalus-consulte sur la dotation de la Couronne, où il est question de bien d'autres objets que de la dotation, son administration et ses charges, même que du domaine extraordinaire et du domaine privé : déjà, à propos de celui-ci, voici un règlement de partage entre les enfants des deux sexes qu'aura l'Empereur, et tous les cas y sont prévus; viennent après le douaire de l'Impératrice, les apanages des fils puînés de l Empereur régnant, des fils puînés de l'Empereur et du Prince impérial décédés, et les dotations des princesses, liègles de finances, de discipline et de politique, tout s'y trouve compris, expliqué et détaillé, mais dans le rapport unique de l'Empereur à ses descendants, sans nulle allusion à ceux qui sont encore les héritiers présomptifs de i Empire, aux frères de l'Empereur, et à leurs enfants : ce ne sera que patvoie d'induction que l'on pourra, l'occasion échéante, leur faire application du sénatus-consulte.

C'est là le premier pas. Toute une postérité semble née dont Napoléon prend souci de préparer l'établissement et d'assurer l'avenir : mais celte postérité reste encore anonyme et impersonnelle ; or, le 11 i*év. 2

vrier, pendant que Berthier, ambassadeur extraordinaire, court sur Vienne pour demander officiellement l'Archiduchesse, voici que, d'un nouveau sénatusconsulte, elle reçoit un nom et prend une existence active : « Le Prince impérial porte le titre et reçoit les honneurs de Roi de Rome ». Le titre de roi des Romains dévolu à l'héritier de l'empereur du Saint- Empire Romain-Germanique, lorsqu'il était associé à l'empire, ou à l'empereur même tant qu'il n'était pas couronné, était imprécis et vague. Il affirmait seulement la survivance quasi-mystique de prétentions périmées. Roi de Rome est net et formel: il implique la domination effective. C'est la transformation d'un titre de courtoisie en un titre de possession, et c'est du même coup, la filiation proclamée du Grand-Empire au Saint-Empire.

Cette affirmation ne suffit pas à Napoléon : depuis 1806, malgré le Sacre de Paris et le Couronnement de Milan, il aspire à la suprême consécration, à Rome, de son empire d'Occident. Le Pape Pie VII s'est dérobé, mais Pie VII n'est point éternel; aux Clément XIII succède toujours un Clément XIV. Par ce même sénatus-consulte, Napoléon établit pour ses descendants l'obligation du Couronnement à Rome : « Après avoir été couronnés dans l'église Notre-Dame de Paris, les Empereurs seront couronnés, dans l'église de Saint-Pierre de Rome avant la dixième année de leur règne. »

Ainsi, c'est la succession du Saint-Empire Romain

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