‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 11 sur 141 · L'ITALIE REPRISE · texte numérisé non relu

L'ITALIE REPRISE

qu'il promet à sa race : du même coup, n'est-ce pas la proclamation tant retardée de l'établissement de cet empire même? — car il ne peut transmettre que ce qu'il possède. — Mais un tel empire est-il possible sans la domination effective sur l'Italie entière ? L'Italie, Napoléon en a disposé en faveur d'Eugène et de Murât : Murât, il le laisse de côté : le royaume de Naples n'est point l'Italie au sens propre et d'ailleurs il a besoin de Caroline : mais Milan, Monza, Venise, cette Lombardie que Charlemagne a conquise et dont il a fait l'une des parts de son héritage, comment s'en priver? Sans doute, la succession d'Italie a été la condition formelle posée à son mariage avec Eugène par la princesse de Bavière ; sans doute, l'engagement solennel de réserver cette succession à Eugène a été prise devant le peuple italien et devant l'Europe, mais, en ce temps, l'Empereur se résignait à n'avoir point de descendants directs : il les a maintenant, et ce serait les frustrer de leurs droits qu'observer de tels engagements. En matière civile, toute donation entre vifs est révoquée de plein droit par la survenance d'un enfant légitime du donateur : pourquoi pas en matière politique? Certes, Eugène a rendu des services, il mérite une récompense, mais l'Italie ! Si l'Europe, en ce moment pacifiée, ne se prête point à un remaniement de royaumes , si nul Etat n'est sans maître, n'est-ce pas assez, en attendant une occasion meilleure, qu'Eugène reçoive l'espérance d'un établissement particulier avec « une belle ville pour capitale » ?

L'arlifice de procédure que Napoléon emploie pour disposer de cet établissement lui est fourni par les principes généraux qu'il a fixés lors de la réunion de Rome à l'Empire. Par l'article 12 du titre II du sénalus-consulte du 17 février, il a déclaré que « toute souveraineté étrangère est incompatible avec l'exercice de toute autorité spirituelle dans l'intérieur de l'Empire. » Or, Fesch, archevêque de Lyon, grand aumônier de France, archevêque nommé de Paris, est en même temps coadjuteur et successeur désigné du Prince-Primat archevêque de Fialisbonne. Fesch, il est vrai, a rendu, lors de la cassation du mariage religieux, des services éminents ; lui seul, avec Guieu, a mené l'affaire et nul doute que, sans lui, on n'eût éprouvé des difficultés ou du moins des relards. Il s'est bien montré encore en d'autres occasions et il ne manquera point dans l'avenir de se rendre utile, à condition qu'on le tienne en bride, mais il ne saurait, tout oncle qu'il est de l'Empereur, posséder trois archevêchés à la fois et, s'il a obtenu des bulles pour Ratisbonne, il ne saurait en obtenir pour Paris qu'en rendant un de ses deux sièges. De plus, il a de grands besoins d'argent et, à l'éventualité d'une principauté douteuse, il préférera une bonne somme et l'assurance d'une forte rente bien constituée. Reste à convaincre le Prince-Primat, mais il n'est qu'usufruitier ; entre sant de diocèses où il a promené sa fortune, il ne t'est attaché à aucun. Que lui importe ce que deviendra Ratisbonne après lui', même de son vivant,

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