CAROLINE RAMÈNERA L'IMPERATRICE
Caroline, et l'Empereur, dans le courant d'idées où il se trouve encore, ne doit pas redouter ce qui, en tout autre temps, lui eût paru une inconvenance condamnable. 11 prétend s'affirmer comme l'homme de la Révolution et, en entourant l'Impératrice autrichienne de grands noms impériaux, établir qu'il ne capitule point avec la Coalition, qu'il ne renie point le passé, qu'il n'abandonne aucune conquête, qu'il ne se relâche sur aucun avantage. C'est pour une telle raison qu'il a nommé aux deux grandes places de la Maison de l'Impératrice la duchesse de Montebello et M. de Beauharnais : de môme faut-il montrer à l'Europe que, dans la polilique générale de l'Empire, nulle concession n'est faite au mariage et que le traité qui le conclut ne renferme aucune clause secrète. La présence de Caroline et la place qui lui est donnée font à ce sujet une leçon sans paroles qui doit être comprise.
Eu ce qui la touche, les agréments d'une telle mission ne sont pas pour lui échapper, mais ce qui la frappe d'abord, c'est qu'elle y trouve un prétexte pour se dispenser de porter, au mariage, le manteau de sa belle-sœur. Au sacre, l'Empereur le lui a imposé et il a bien fallu se soumettre, quitte à lâcher au moment opportun le lourd manteau, au risque de précipiter Joséphine des degrés du grand trône ; mais, à ce coup, puisqu'on a besoin d'cdle, Caroline, en échange, se fera relever de la corvée; elle alléguera des précédents; elle dira qu'ayant fait à la remise les fonctions d'Ambassadrice et remplissant à présent celles de Surinten-
dante. elle doit, comme la duchesse d'Orléans au mariage de Marie-Leczinska, suivre l'Impératrice qu'elle amène et non la servir. L'Empereur consent à tout et Caroline en prend l'avantage sur ses sœurs et belles-sœurs.
Elle y a d'autant moins de peine que toutes lui ont cédé la place, les unes ne se souciant pas de la disputer, les autres retournées dans leurs Etats, occupées de leurs affaires ou de leurs plaisirs. Elles auraient peine d'ailleurs à suivre Napoléon dans le nouveau rêve qu'il forme, dans les développements qu'il y donne et qui, pour chacun de ceux qui lui appartiennent, constituent une menace.
Cette sorte d'attendrissement que Napoléon a éprouvé en se séparant de Joséphine, cette irrésolution qui l'a agité entre deux partis, cette timidité, si l'on peut dire, inspirée parla crainte d'un échec qui eût obscurci à ses yeux la gloire acquise et attesté la fragilité de sa puissance, tout a disparu dès qu'il s'est senti assuré d'une archiduchesse d'Autriche. Dès lors, il ne s'est plus agi pour lui de Beauharnais ni même de Bonaparte. Joséphine, à qui il a spontanément promis le séjour de Paris et qui a hâte d'en profiter, ne rencontre plus que des mauvais vouloirs et des retards dont elle s'étonne. Avec la rupture des habitudes, l'affection s'est atténuée; elle s'est éloignée comme les souvenirs. L'heure des émotions sentimentales est passée; elle ne saurait sonner de nouveau.