‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 100 sur 141 · LE COCHER DE LA ROCHEFOUCAULD · texte numérisé non relu

LE COCHER DE LA ROCHEFOUCAULD

sera plus favorable et formellement il accuse La Rochefoucauld d'agioter et de spéculer. L'Empereur enregistre l'accusation et se dispose à Téclaircir en appelant à Anvers La Rochefoucauld, auquel, la veille, peut-être pour ménager une sorte de satisfaction à son frère, il a fait expédier un congé et qu'il ne pensait pas renvoyer à Amsterdam. Qu'arrive-t-il? Que La Rochefoucauld, qui se justifie, qui reçoit de l'Empereur des preuves éclatantes de faveur, au point de l'accompagner sur le yacht impérial durant le voyage de Zélande, retourne à Amsterdam déterminé à venger sa propre querelle au moins autant que celle de l'Empereur.

Et à celui-ci les griefs ne vont pas manquer : lettres de fécilitations, de remerciments, de gratitude adressées à Mollerus et à Krayenhof les deux ministres dont l'Empereur a exigé le renvoi après que Louis a rejeté sur eux les préparatifs de défense d'Amsterdam ; destitution du général Vichery, français de naissance,- du poste de gouverneur d'Amsterdam, et cette destitution suivant de si près et pour les mêmes motifs, celle du bourgmestre Van den Poil? titres comtaux octroyés aux ci-devant maréchaux et au ministre Twent, qu'on sait le plus ennemi de la France, et ces grades annoncés aux intéressés par des lettres où le roi leur donne du cousin comme à des ducs; or, l'Empereur a formellement défendu à Louis comme à Jérôme de faire des ducs ; décret fixant au 16 mai, un jour de jeûne et de prières

publiques avec fermeture de tous les spectacles et les divertissements publics durant la semaine ; constatation par un officier d'ordonnance de l'Empereur que rien n'est préparé ni même ordonné en ce qui concerne la mise en rade des neuf vaisseaux stipulés par le traité; refus de livrer les vingt et un bâtiments prétendus américains qui sont retenus au Texel ; continuation du commerce interlope ; cessation du paiement de la dette zélandaise; dédains marqués en public au chargé d'affaires de France; enfin, le 13 mai, insulte à la livrée impériale en la personne du cocher de l'ambassadeur.

Ce jour-là, qui est un dimanche, le cocher de M. de La Rochefoucauld, sortant de la messe en grande livrée et traversant la place du Palais, est assailli, d'abord de paroles et d'injures, puis de bourrades et de coups par des jeunes gens « de la plus basse classe du peuple. » Il demande protection à la sentinelle devant le Palais, qui allègue qu'elle ne peut quitter sa faction et qui lui indique le corps de garde où il se réfugie. De là, il est reconduit à l'hôtel de l'ambassadeur par un sous-officier, mais le poste n'a pas pris les armes, il n'est point sorti; il n'a point réprimé l'émeute et nulle arrestation n'a été opérée.

A cette échauffourée, La Rochefoucauld, rentré le 14 à Amsterdam, ne parait pas d'abord attacher d'importance. Le roi l'a fait assurer par son ministre des Affaires étrangères del'indignation qu'il éprouvée en apprenant l'insulte faite à la livrée de l'Empereur; il

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