LES PAROLES ET LES ACTES
a annoncé des ordres sévères pour rechercher les coupables et La Rochefoucauld écrit : « Je ne donnerai plus de suite à cette affaire qui bien certainement en restera là. » Il se trouve assez armé par ailleurs pour n'avoir pas besoin de cette querelle et le 45, en effet, dans l'audience qu'il a du roi pour lui remettre la notification officielle du mariage, il étale d'abord les griefs de l'Empereur, puis les siens propres. « Ce que j'ai dit à l'Empereur, répond Louis, n'était que pour lui seul. — Sire, réplique La Rochefoucauld, quand on a des vérités à exprimer, on ne doit pas craindre de le faire hautement ; mon langage en est la preuve. »
Le lendemain, 16, Louis, qui prévoit que les explications données à La Rochefoucauld au sujet de l'armement de la flotte et de la livraison des bâtiments américains ne satisferont pas l'Empereur, écrit directement à celui-ci : Il fait tout pour le contenter; les neuf vaisseaux seront prêts sans faute au mois de juillet, du moins l'espère-t-il ; mais on donne au traité un sens abusif; on veut placer des douaniers dans tout l'intérieur du royaume; quand il a signé le traité, il ne croyait pas qu'on en exigerait l'exécution ; il prétend attendrir son frère; il implore sa protection, il évoque les souvenirs d'enfance : « vous avez laissé à la Hollande son existence à cause de moi, lui dit-il; vous avez attaché mon sort au sien, consolidez cette existence ! »
Ce n'est pas assez d'une lettre ; il en écrit une
deuxième le même jour: Le traité n'est plus suivi, les troupes françaises pénètrent partout. « Dans cette position malheureuse, il vient demander à l'Empereur sa dernière volonté » : quelle qu'elle soit il s'y conformera, mais ce qu'il désire avant tout, c'est la fin de la défaveur où il est tombé et ce ne peut être qu'en connaissant précisément cette volonté qu'il se mettra à même de reconquérir des bonnes grâces auxquelles son cœur attache un tel prix.
Une telle contradiction entre ses paroles et ses actes serait pour faire douter de ceux-ci, s'ils ne se trouvaient attestés que par les dépèches des agents français; mais, au même moment, la plupart reçoivent leur pleine exécution ; les décisions sont imprimées en fascicules analogues au Bulletin des Lois et publiées dans le Kdninglijke- Courant sans aucune espèce de mystère; les agents diplomatiques, les officiers, les douaniers se trouvent pleinement d'accord en ce qu'ils rapportent et, dans les conseils même et le cabinet de Louis, l'Empereur s'est ménagé des intelligences. Il ne prend donc aucunement le change sur ses protestations. « Vous savez, lui répond-il le 20 mai, que j'ai souvent lu de vos pièces qui n'étaient pas faites pour être mises sous mes yeux. Je connais vos plus secrètes dispositions et tout ce que vous me direz en contradiction ne sert de rien. » Il dresse donc l'acte d'accusation. C'est Louis et Louis seul qui peut quelque chose pour changer la situation fâcheuse de la Hollande. S'il persuadait aux Hollan-