LETTRE DE NAPOLEON A LOUIS
dais qu'il agit par l'inspiration de l'Empereur, que toutes ses démarches, tous ses sentiments sont concertés avec lui , alors il serait aimé et estimé ; il acquerrait la consistance nécessaire pour reconstituer la Hollande; cette illusion seule le soutient encore un peu. Son voyage à Paris, son retour, celui de la reine et de son fils, font penser à ses peuples qu'il est revenu dans le système et dans l'esprit de l'Empereur. Les Hollandais savent compter. Si le roi se montre l'ami de la France et de l'Empereur, la Hollande s'en apercevra, elle respirera, elle se trouvera dans une position naturelle. A présent, ballottée qu'elle est entre laFrance et l'Angleterre, la Hollande ne sachant à quel espoir se livrer, quels souhaits former, n'a plus qu'une issue : elle se jettera dans les bras de la France et demandera à grands cris la réunion. « Tout le monde sait que, hors de l'Empereur, il n'y a point de crédit, que hors de l'Empereur, le roi n'est rien, » et c'est contre l'Empereur que le roi marche et s'insurge.
« Voulez-vous être dans la bonne voie de la politique, lui dit Napoléon, aimez la France, aimez ma gloire, c'est l'unique façon de servir le roi de Hollande. Sous un roi, les Hollandais ont perdu les avantages d'un gouvernement libre ; vous étiez donc pour eux un port, mais ce port vous l'avez gâté de gaîté de cœur, vous l'avez parsemé de récifs. Savezvous pourquoi vous étiez le port de la Hollande ? C'est que vous étiez le pacte d'une union éternelle avec la France, le lien d'une communauté d'intérêts avec
moi; et la Hollande, devenue par vous partie de mon empire, m'était aussi chère que mes provinces puisque je lui avais donné un prince qui était presque mon fils. Si vous eussiez été ce que vous deviez être, je prendrais autant d'intérêt à la Hollande qu'à la France ; sa prospérité me serait aussi à cœur que celle de la France; et certes, en vous mettant sur le trône de Hollande, j'avais cru y placer un citoyen français, aussi dévoué aux intérêts de la France et aussi jaloux que moi de ce qui intéresse la mère patrie. Si vous aviez suivi ce plan de conduite, vous seriez aujourd'hui roi de six millions du sujets, ; j'aurais considéré le trône de Hollande comme un piédestal sur lequel j'aurais étendu Hambourg-, Osnabrùck et une partie du Nord de l'Allemagne, puisque c'eût été un noyau de peuple qui eût dépaysé davantage l'esprit allemand, ce qui est le premier but de ma politique. Bien loin de là, vous avez suivi une route diamétralement opposée; je me suis vu forcé de vous interdire la France et de m'emparer d'une partie de votre pays.
« Vous ne dites pas un mot dans vos conseils, vous ne faites pas une confidence que tout ne soit connu, ne tourne contre vous et ne vous annule ; car, dans l'esprit des Hollandais, vous n'êtes pour eux qu'un Français, au milieu d'eux depuis quatre ans seulement; ils ne voient en vous que moi et l'avantage de se trouver à l'abri des voleurs et des agitateurs subalternes qui l'ont fatiguée depuis la conquête. Lorsque vous vous montrerez mauvais Français, vous êtes moins