‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 103 sur 141 · THÉORIE DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

THÉORIE DE L'EMPEREUR

pour eux qu'un prince d'Orange au sang duquel ils doivent le rang de nation et une longue suite de prospérités et de gloire. Il est prouvé à la Hollande que votre éloignement de la France leur a fait perdre ce qu'ils n'auraient pas perdu sousSchimmelpenninck ou sous un prince d'Orange. Soyez d'abord Français et frère de l'Empereur et soyez sur que vous serez dans le chemin des vrais intérêts de la Hollande. Mais pourquoi tout ceci? Le sort en est jeté, vous êtes incorrigible. Déjà, vous voulez chasserle peu de Français qui vous restent; ce n'est ni des conseils, ni des avis, ni de l'affection qu'il faut vous montrer. Qu'estce que ces prières et ces jeûnes que vous avez ordonnés? Louis, vous ne voulez pas régner longtemps; toutes vos actions décèlent mieux que vos lettres intimes les affections de votre âme. Ecoutez un homme qui en sait plus que vous. Revenez de votre fausse route. Soyez bien Français de cœur, ou votre peuple vous chassera et vous sortirez de la Hollande l'objet de la risée et de la pitié des Hollandais. C'est avec la raison qu'on gouverne les Etats, non avec une lymphe acre et viciée. »

Cette lettre, qu'il eût fallu donner tout entière, est-elle, comme l'a écrit un historien de la Hollande, « un tissu de paradoxes », ou bien, au milieu des incidences, des redites, des reproches, des sarcasmes, même des injures, ne renferme-t-elle pas' l'exposé le plus complet et le plus sincère du [programme que s'est proposé Napoléon en érigeant les trônes de ses frères? Il n'a eu qu'un souci et ne s'est donné qu'un

but, la grandeur de la France qu'il juge inséparable de sa propre grandeur. Il les confond l'une avec l'autre et, si l'on veut, lorsqu'il parle de la France, c'est de lui-même qu'il parle : les deux mots sont synonymes. La France est le véhicule dont il se sert et qu'il conduit; donc, c'est à la France qu'il ramène les desseins qu'il conçoit et qu'il exécute. C'est au point de vue de la France qu'il s'est placé, en 1806. en laissant subsister une Hollande ; mais cette Hollande ne vaut que pour ce qu'elle rapporte à la France. Placée hors de l'action de la France et cessant de lui profiter, elle lui devient ennemie. Si, soumise à une domination indirecte — telle qu'est la monarchie de Louis par rapport au Grand Empire — elle échappe à l'Empire, il convient de lui appliquer la formule stricte des lois, des institutions, des règlements de l'Empire, afin que, de gré ou de force, elle lui rende ce qu'elle doit lui rendre.

Ce n'est point ici sans doute la théorie des nationalités; ce n'est rien des conceptions sur qui des juristes essaieront, un siècle plus tard, de constituer un droit moderne des nations ; c'est la théorie romaine, qui est celle de l'Empereur, qui est encore à présent celle des nations puissantes, soucieuses de vivre, de progresser et de s'enrichir, et que touchent médiocrement les arguments humanitaires et philosophiques. L'intérêt de Rome, la grandeur, la gloire de Rome, loi unique et souveraine, n'admettait non plus aucune transaction et l'on eût été aussi mal venu de parler à un consul romain qu'à Napoléon

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