MESURES DE LOUIS CONTRE LES FRANÇAIS
bien moins la nation hollandaise que la domination que, sur elle, il a reçue de Dieu, l'union que Dieu a établie entre lui et ce peuple?
C'est cet esprit de droit divin, cette conviction qu'a prise Louis de sa désignation surnaturelle, qui, en présence de l'esprit de conquête, de la conviction qu'a Napoléon de son omnipotence et de son infaillibilité, rend la lutte inévitable entre les deux frères et, de jour en jour, creuse davantage l'abîme. La discussion en effet ne roule pas tant sur la confiscation des marchandises américaines, sur l'armement des vaisseaux, sur la rétrocession des domaines de la Zélande, que sur la marche générale que Louis imprime à sa politique, sur l'affirmation qu'il en donne par ses actes privés comme par ses actes publics. Il a nommé, au mépris du protocole joint au Traité du 16 mars, un ministre à Vienne; il vient, par ses mauvais procédés d'obliger la reine à quitter Amsterdam et à se réfugier au Loo d'où elle va tantôt s'esquiver aux eaux de Plombières1; il
1 II est de légende que Hortense. partie le 21 d'Amsterdam pour le Loo. y a organisé sa fuite à l'aide de deux de ses femmes, d'un de ses écuyers, d'un médecin du Roi et surtout du grand écuyer de Hollande; qu'elle est partie du Loo dans le plus grand mystère et qu'elle a trouvé des relais préparés jusqu'à la frontière par les soins du grand écuyer : Or, le Koninglijke courant du 28 mai contient, sous la rubrique d'Amsterdam, le 27, cette insertion officielle répétée par la Gazette de Leyde du 29 : « Sa Majesté la Reine est. allée le 21 de ce mois au Loo où elle passera la belle saison, durant laquelle ella fera cependant une absence de quelques semaines pour prendre les eaux de Plombières qui lui ont été recommandées pour le rétablissement de sa santé. » Ainsi le projet était connu; l'annonce officielle précède de trois jours le départ et le légitime; Que la reine ait pris ses précautions pour ne pas être arrêtée, cela est possible, mais qu'elle ait eu à s'évader, non pas.
prétend se débarrasser des Français qui composent sa compagnie de carabiniers royaux et qui, jadis, lorsqu'il écrémait les régiments français pour la former, ont fait l'objet de tant de réclamations de l'Empereur : « Vous les avez pris sans ma permission, lui écrit Napoléon le 22. gardez-les, ou, si vous ne voulez point les garder, envoyez-les moi, je les prendrai. De pareils soldats sont rares ; » et il ajoute : « Un Français fait sur vous ce que fait sur les bydrophobes la vue de l'eau, ce principe bienfaisant de notre existence et de notre bien. » A l'audience diplomatique du 17, le roi passe devant le chargé d'affaires de France sans lui adresser la parole, sans répondre à son salut, et il va s'entretenir longuement avec le ministre de Russie. Et voici que, par surcroît, l'Empereur apprend que les gens de son ambassadeur, revêtus de sa livrée impériale, ont été maltraités \
' Il parait singulier que l'émeute contre le cocher dont Serurier, le chargé d'affaires de France, a porté plainte le 13 mai, dont La lioehefoucauld a écrit le 15, à laquelle Louis a fait allusion dans sa lettre du 16, ne suit connue, tout au moins relevée par l'Empereur que le 23; d'autant qu'il est à l.aeken du 14 au !6, àGand le 17. à Bruges le 18 et le 19, a (t.stende le 20, à Dunkerqne le ~2\, a Lille le le -'2. donc à moins de vingt-quatre heures d'Amsterdam. .Ne peuton penser que Napoléon n'y a point d'abord attache grande importance et qu'il n'a songé à reprendre ce grief qu'après le nouvel affront fait à Serurier? Dans l'affectation de Louis de s'entretenir avec le ministre de Russie, comme dans la nomination récente d'un ministre de Hollande à Vienne, Napoléon voit un ensemble de tentatives pour intéresser l'étranger et le mêler à des affaires qu'il juge uniquement de son ressort : en quoi il n'a pas tort, car l'objet de 1 entretien de Louis avec le prince Dolgoroukow a été la remise de la lettre qu'Alexandre a écrite à Louis en réponse à celle que Louis lui a fait passer le 19 décembre précédent parle colonel Gorgoli. De plus, parle protocole annexé au traité. Louis s'est formellement engagé à retirer ses ministres de Pétersbourg et de Vienne et l'on voit comme il tient sa parole.
C'est là, semble-t-il, l'occasion qu'il attendait. «Mon intention, écrit-il, est que ceux qui se sont ainsi rendus coupables envers moi me soient livrés afin que la justice que j'en ferai serve d'exemple. » Il ne veut plus d'ambassadeur de Hollande à sa cour ; lui-même n'accréditera plus d'ambassadeur près du roi. « Le secrétaire de légation qui y reste comme chargé d'affaires communiquera ses intentions. » Il met fin violemment à cette correspondance insoutenable où, deux, trois fois par jour, Louis s'épanche en interminables doléances et accumule les protestations et les contre-vérités flagrantes : « Ne m'écrivez plus de vos phrases ordinaires. Voilà trois ans que vous me les répétez et chaque jour en démontre la fausseté. » Pour plus de sûreté, après sa signature, il met de sa main : « c'est la dernière lettre de ma vie que je vous écris. » En même temps, il expédie à Serurier des ordres pour exiger la remise entre ses mains des individus qui ont insulté sa livrée et la réintégration de Van den Poil dans ses fonctions de bourgmestre; il expédie à Oudinot des ordres pour qu'il ait les yeux sur ce qui se passe à Amsterdam et dans tout le pays; mais « qu'il n'ait aucun rapport avec le roi et qu'il ne souffre pas qu'aucun officier de son armée en ait » ; il expédie enfin à Ghampagny des ordres pour que Verhuelsoit congédié en lui témoignant des égards personnels et en lui faisant le présent d'usage.
Louis qui habite alternativement le palais d'Amsterdam et le pavillon de Haarlem, reçoit dans cette
dernière résidence ces nouvelles foudroyantes. Quoique l'Empereur lui ait notifié qu'il ne veut plus de ses lettres, il lui écrit encore : On a vainement cherché les auteurs de l'insulte dont s'est plaint le cocher. « Le cocher n'a pu nommer ni reconnaître personne. Cette affaire n'est connue que de lui et cependant, on fait constamment des perquisitions ». C'est insinuer que l'émeute est de l'invention du cocher, sans doute instigué par La Rochefoucauld. Quant à Sérurier, il y a mieux. « Je n'ai jamais manqué, écrit Louis, de recevoir avec distinction l'amhassadeur de Votre Majesté Impériale ; mais Votre Majesté n'exigerait pas sans doute que, lorsque je crois avoir à me plaindre d'eux, je leur fasse des amitiés. Si j'ai fait moins de politesses au sieur Sérurier qu'aux autres, c'est que, l'amhassadeur n'y étant pas, je me suis occupé davantage des ministres. Des gens qui, dans la situation où je suis, se plaignent de ces hagatelles, sont ou bien susceptibles ou bien mal intentionnés. » Mais il proteste quand même, il déclare qu'il fera tout ce qu'on voudra et que l'Empereur n'a qu'à exprimer un désir pour qu'il s'empresse de s'y conformer.
A preuve : le 28, Sérurier, chargé d'affaires en titre, remet au ministre des Affaires étrangères la note demandant la réparation de l'insulte, et la réintégration de Van den Poil ; on lui répond par de vagues fin de non-recevoir . En même temps , M. Georges de Caraman, attaché à la légation, ayant été envoyé à Dordrecht pour s'entendre avec l'inspecteur français des douanes au sujet du transport