‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 106 sur 141 · ETAT D'ESPRIT DE LOUIS · texte numérisé non relu

ETAT D'ESPRIT DE LOUIS

en France des marchandises coloniales saisies, trouve un des aides de camp du roi qui l'a précédé pour signifier aux magistrats l'ordre de ne pas livrer de bateaux pour le transport. En recevant une délégation des ouvriers des chantiers réclamant un arriéré de salaire, le roi leur déclare que, s'ils ne sont pas payés, c'est la faute des Français et semble faire appel à leur patriotisme pour repousser l'invasion. Le bruit court que le roi organise la défense d'Amsterdam et, là-dessus, des officiers français sont insultés à La Haye et à Rotterdam.

La nouvelle n'est point si fausse et Louis l'accrédite lui-même. A un des aides de camp d'Oudinot, il dit « qu'il est instruit de ce qui se rapporte à la pensée d'en venir à une occupation militaire de la capitale, mais que, dans ce cas, il ne gardera pas de mesure et qu'il repoussera la force par la force. » A la parade, il se présente aux troupes de sa garde, tenant par la main le prince royal ; il les harangue, il recommande son fils à leur fidélité et toutes ses faveurs publiques sont pour le général Krayenhof qui, trois mois auparavant, a tracé le plan de défense et qui, ministre de la Guerre, a été destitué sur l'ordre de l'Empereur.

A ce moment, Louis est arrivé à un état d'exaspération et d'affolement tel que les idées les plus disparates et les plus contradictoires semblent courir ensemble dans son cerveau; dans le trait de temps où elles dominent, elles reçoivent tout de suite une

forme, comme lettres à l'Empereur, ou comme décrets, ou comme rescrits aux ministres ; puis, elles s'effacent et d'autres, non moins étranges, apparaissent et s'expriment. L'article II du traité du 16 mars, en vue d'assurer la répression de la contrebande a conféré à l'Empereur le droit exprès de placer des douaniers et des soldats à toutes les embouchures des rivières : en fait, c'est la Hollande entière, puisque la contrebande se fait de tous les points d'où l'on accède à la mer et que la mer pénètre partout. Il est impossible de ne pas tenir pour des côtes maritimes les bords du Zuyderzée, de ne pas tenir pour des embouchures de rivières les débouchés des canaux qui y affluent ; mais, dans le traité, il y a rivières et non canaux, et Louis se cramponne à la lettre. On viole le traité en plaçant des douaniers dans l'intérieur ; de telles mesures sont contraires « à tout motif raisonnable », les agents de l'Empereur seront « causes des plus grands malheurs » ; il supplie l'Empereur « qu'on ne cherche pas à dissoudre de force un gouvernement qui est son ouvrage, qu'on ne lui enlève pas tout moyen d'exister au moment où l'on exige qu'il fasse des dépenses énormes et qu'il supporte patiemment un état de guerre qui le ruine. » « Sire, s'écrie-t-il à un moment, veuillez calmer des esprits vivement agités et leur prouver que le traité que j'ai ratifié pour eux, en me confiant entièrement à la parole et à la volonté de Votre Majesté Impériale, ne pouvait tromper leur espoir et leur résignation absolue ». N'est-ce pas là, au milieu des supplications, quelque chose

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