‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 107 sur 141 · LOUIS ET LES DOUANIERS · texte numérisé non relu

LOUIS ET LES DOUANIERS

qui semble une menace et comment mettre d'accord les termes du traité, la protestation contre la violation de ce traité et l'appel à la générosité de l'Empereur pour n'en pas poursuivre l'exécution ?

Que Louis ait signé le traité sous la contrainte morale de l'Empereur, qu'il l'ait ratifié de même, avec l'unique but de se tirer du guêpier, avec l'intention arrêtée de ne le point exécuter et l'arrièrepensée de recourir aux armes, fort bien : les mesures que l'Empereur a prises contre lui peuvent lui en donner le droit, mais, qu'il imaginé que, après s'être restreint à ce traité au défaut d'une annexion totale, Napoléon n'en poursuivra pas l'intégrale exécution ; que, n'ayant point reculé devant la détention préventive de son frère, il s'arrêtera à ses supplications et ses menaces, c'est pur enfantillage. Certes, les douaniers français ont le verbe haut et le geste autoritaire ; ils n'ont d'ordre à recevoir de qui que ce soit en Hollande, du roi moins que tout autre; ils appliquent à la lettre des règlements d'une rigueur calculée et savante qui, après quatre années d'expérience attentive, ont été portés au point de perfection et emmaillent le pays sur lequel on les jette sans laisser une issue par où la proie puisse échapper; ils confisquent les marchandises, ils poursuivent et arrêtent les contrebandiers sans nul égard pour les personnes ou pour les situations; ils sont d'autant plus gênants qu'ils sont incorruptibles; ils sont d'autant plus odieux que, agents d'un souverain étranger, exerçant leurs fonctions sur un territoire dont le roi

affirme à chaque instant l'indépendance, ils ont affaire à un peuple dont ils ignorent la langue et pour qui le blocus continental a été jusqu'ici une source de bénéfices. Appliqués dans quelques grands ports pour donner à l'Empereur une apparente satisfaction, les décrets de Berlin et de Milan ont fait refluer la contrebande anglaise dans tous les havres, dans toutes les criques, sur toutes les plages, d'où, par le lacis inextricable des canaux, en échappant même au fisc hollandais, elle s'introduisait dans les villes de commerce. A présent l'armée des douaniers français monte vers le nord d'un pas égal, irrésistible et assuré : le filet se tend sur toutes les côtes ; à chaque ville, chaque village, chaque maison, le douanier perquisitionne, découvre un dépôt de marchandises, le saisit, arrête le détenteur et s'établit, en prenant si étroitement ses mesures qu'il coupe toute communication. Cette machine joue avec une sûreté admirable. L'honneur militaire assure l'intégrité des préposés de tous ordres, qui, mettant leur gloire à exécuter les desseins de leur Empereur, en trouvent une égale à déjouer les ruses des contrebandiers et à repousser le fusil en main, les descentes des Anglais. De tels hommes à coup sûr sont néfastes pour la Hollande, mais Louis les connaissait, et il n'avait qu'à ne pas signer le traité.

Si, l'ayant signé, il voulait revenir sur sa signature et tenter une résistance armée, il en avait le moyen tant que le Brabant et la Zélande n'étaient pas entièrement occupés, même tant que les troupes destinées

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