‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 108 sur 141 · PREMIERE AUDIENCE DE SÉRURIER · texte numérisé non relu

PREMIERE AUDIENCE DE SÉRURIER

à fortifier le réseau des douanes n'avaient pas dépassé Leyde : alors, à condition qu'il prît une de ces résolutions désespérées où, pour son indépendance, un peuple risque son existence même, il pouvait tenir six mois, jusqu'à l'hiver au moins, non seulement contre le corps d'Oudinot, mais contre la Grande Armée tout entière. En jetant sous les eaux de la mer de Haarlem une partie du pays, il conservait intact le Nord-Hollande d'où il pouvait faire appel aux Anglais ; mais il n'y avait pas une minute à perdre; car, malgré ses supplications et ses protestations, les Français, forts du traité, continuaient leur marche. Déjà il était bien tard ; un instant encore et il était trop tard. La défense devenait sans objet, dès lors qu'elle était sans espoir. On ne fait pas à sa volonté des Saragosse. Si, à Amsterdam, comme Louis l'affirme, le peuple et l'armée étaient disposés à une résistance désespérée, pas un homme raisonnable, ni dans le ministère, ni dans l'armée, n'en eût accepté la direction et assumé la responsabilité : seul, peut-être, Krayenhof l'eût tenté, mais avant que les Français eussent dépassé Leyde, et avec quelles angoisses !

D'ailleurs, Louis est retombé dans une nouvelle période d'hésitations et, après avoir parcouru un cycle d'idées violentes, il est revenu, comme brisé par l'effort, aux concessions, à l'apaisement, aux tentatives de réconciliation.

Le 5 juin, déjà plus qu'ébranlé, il fait appeler

Sérurier ; d'abord, il lui parle avec exaspération des douaniers qu'on envoie chaque jour sans qu'il en soit prévenu et de tous les désordres qu'ils causent. Sérurier lui demande s'il fait entrer en comparaison ces dommages particuliers et accidentels avec l'effroyable terreur jetée dans le public par le bruit répandu que, sur toute la ligne, ordre est donné de s'opposer aux mouvements des troupes françaises, quelles que soient les suites de cette résistance. Le roi nie qu'il ait donné ordre de tirer sur les Français, dont il n'oubliera jamais, dit-il, qu'il est le connétable; mais, jamais, il ne permettra que des troupes françaises entrent dans sa capitale. Il ne pourra sans doute pas l'empêcher, mais, par ce seul fait, il regardera son gouvernement comme dissout. Puis il s'attendrit : il demande que l'Empereur lui fasse au moins connaître ses intentions ; il dit qu'il a peu de temps à vivre ; qu'il ne veut qu'assurer l'existence de ses enfants : déjà, ils ont perdu de bien beaux droits en France ; ne peut-il souhaiter leur laisser un héritage qui leur rappelle la sollicitude de leur père"? Il réclame les conseils de Sérurier, non comme diplomate, mais comme homme, comme ami. Sérurier répond que la seule voie que le roi ait à adopter, c'est de s'en remettre à la discrétion de son frère. Louis réplique que tel est bien le vœu qu'il forme de tout son cœur, il charge Sérurier de le mander à sa cour, mais il ne consentira jamais à admettre dans Amsterdam des soldats et des douaniers français, car ce serait porter à son autorité royale une atteinte mortelle.

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