LE GRAND-DUCHE DE FRANCFORT
pourvu qu'on lui donne un équivalent sortable. En échange de Ralisbonne qui convient à la Bavière, il aura, entre Francfort qui deviendra sa capitale, "Wetzlar, le comté de Ilanau, l'évêché de FuKIe, la principauté d'Aschaffenbourg et divers Etats d'Empire ou principautés médiatisées, 283 883 sujets, avec divers avantages d'argent et un titre de grandduc. Son neveu Dalberg sera duc français ; sa nièce, la princesse de la Leyen, épousera un Tascher, et ils se partageront un revenu en domaines de quatre cent mille francs.
Le grand-duché de Francfort, tel est l'établissement — peut-on dire la souveraineté? — que l'Empereur destine à Eugène en échange du royaume d'Ilalie. Le 16 février, il conclut avec le Prince- Primat un traité où, par l'article III, il stipule que, « après le décès de Son Altesse Eminenlissime, le susdit grand-duché, en vertu de la donation qui en est présentement faite par Sa Majesté l'Empereur des Français au prince Eugène-Napoléon, sera possédé en toute propriété et souveraineté par ledit prince, en sa descendance naturelle, directe et légitime, de mâle en mâle, avec réversibilité à la couronne impériale dans le cas où ladite descendance masculine viendrait à s'éteindre. » Après, le 1er mars, une simple déclaration faite au Sénat de la renonciation de Fesch et l'enregistrement de la donation faite à Eugène ; cet enregistrement accompagné de paroles d'affection, de tendresse, même de reconnaissance. Toutefois, comme le deuxième fils de l'Empereur, celui
auquel l'Italie sera dévolue, n'en prend pas encore le gouvernement et qu'Eugène, jusque-là, peut y rendre des services, Napoléon ne lui enlève pas toute espérance. « Elevé au grand-duché de Francfort, dit-il d'Eugène, nos peuples d'Italie ne seront pas pour cela privés de ses soins et de son administration ; » à tout risque, même, il insère dans le décret l'hypothèse où « Eugène-Napoléon, comme prince d'Italie, viendrait à être appelé à la couronne de ce royaume. » D'après le quatrième statut constitutionnel du Royaume d'Italie, Eugène n'est appelé à l'hérédité qu'à défaut des fils et descendants mâles, légitimes et naturels de l'Empereur ; le cas se trouvant réalisé dans l'imagination de Napoléon, nulle difficulté à proclamer son exclusion; mais, aux termes des lettres patentes du 20 décembre 1807, Eugène demeure prince de Venise, et si ce titre n'est point désignatif de l'héritier du royaume — comme pour la France celui de Dauphin du Viennois dans l'ancienne monarchie— il lui convient à coup sûr. Sans décider expressément quelle procédure sera suivie lorsque, par la mort de Dalberg, Eugène aura recueilli la succession du grand-duché de Francfort — espèce qui semble prévue par le § 2 de l'article 72 du vme statut, extinction de l'apanage par suite de la vocation du prince apanagiste à une couronne étrangère — l'Empereur-roi attache au titre de Prince de Venise, par le ixe statut du 2 mars, un apanage d'un million de rente en hiens nationaux, avec la Villa Bonaparte pour résidence, mais il n'accroît et ne confirme ainsi