‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 111 sur 141 · THÉORIE DU GRAND EMPIRE · texte numérisé non relu

THÉORIE DU GRAND EMPIRE

même vu, dans cette offre, la suite des fausses idées par lesquelles il prétend qu'on entraîne le roi et qui tendent toutes à isoler la Hollande de la France et à lui attribuer une indépendance incompatible avec ses devoirs et sa position. » Quant au tribut, « l'Empereur, fort d'un revenu de 800 millions et d'une réserve de 600 millions, n'a besoin ni d'argent, ni de crédit, ni de papier. Ce n'est point de l'argent qu'il demande à la Hollande, ce sont des vaisseaux et des soldats, conformément au traité ».

Telle est, exposée à la dernière heure, la théorie intégrale de l'Empire Napoléonien : tous les prétextes antérieurement allégués tombent et s'effacent. L'entrée à Amsterdam n'est plus le résultat d'un caprice; elle n'est plus motivée, ni par la sotte querelle d'un cocher avec quelques vauriens, ni par tel ou tel incident de procédure familiale; elle est l'application raisonnée d'une théorie, et cette théorie, depuis 1805. a été constamment celle de Napoléon : il n'a jamais entendu que les peuples auxquels il imposait des rois et que les rois auxquels il soumettait des peuples, fussent indépendants par rapport à lui et à son système; il s'est tenu en droit de considérer comme rebelles et traîtres ceux de ses frères, qui, ayant reçu de lui une couronne, s'ingèrent à agir en dehors de lui, donc contre lui, osent être et faire d'eux-mêmes. 11 ne tient peut-être pas pour le moment à ce que Louis abdique, ce qui créerait des difficultés, mais il estime qu'il doit lui infliger une leçon, lui prouver

qu'il n'y a qu'un maître et que toute résistance à ce maître est un crime de lèse-majesté.

Louis, de son côté — et c'est pourquoi il a recherché M. de Donald — se croit réellement un roi. S'il ne se réclame pas du droit divin, il ne s'en faut guère. Il ne s'est point fait sacrer, mais ce n'est pas que, depuis 1806. l'envie lui en ait manqué : seulement, à qui se fùt-il adressé et, pour ses sujets protestants, son couronnement par un évèque catholique lui eût-il ajouté quelque prestige ? A défaut d'avoir été sacré par le représentant de Dieu, il a été appelé par son peuple. Il le croit sincèrement, et qu'il a formé ainsi une union qui ne saurait être rompue ni par son abdication, ni même par sa mort, car il se survit en sa postérité.

L'idée qu'il s'est faite de la Royauté en généra!, de sa royauté en particulier, lui a permis de livrer à l'Empereur deux de ses provinces, de laisser les Français prendre possession de son royaume presque entier, pourvu qu'on ne touchât pas à la ville qu'il a déclarée sa capitale et qu'on n'entrât pas dans la résidence de son choix. Il a attaché à celte intégrité de sa capitale un sens mystérieux dont il est d'autant plus permis de s'étonner que, lorsqu'il a pris possession de son trône, des régiments français occupaient La Haye et qu'il n'y trouvait pas à redire. Tant qu'il parvient à préserver sa capitale, il garde une sorte de conviction qu'il se tirera d'affaire; mais l'occupation d'Amsterdam serait pour lui-même une flétrissure après laquelle il ne pourrait songer à conserver la couronne sur sa propre tète. Il consent à donner

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