L'OCCUPATION D'AMSTERDAM
tout, sauf Amsterdam, et il perd tout dès qu'il livre Amsterdam.
Encore, s'il s'agissait d'une ville sainte, d'une capitale traditionnelle, noyau, si l'on peut dire, de la nationalité; s'il s'agissait d'une de ces villes autour de qui un peuple s'est groupé pour revendiquer son indépendance, qui en a été le premier asile et qui en est demeurée le boulevard, dont l'histoire est si intimement fondue avec celle de la nation et celle de la dynastie, que l'une et l'autre en sont inséparables, où, à travers les générations, les souvenirs de joie et de deuil, épars sur les palais, les rues, les promonades et les tombeaux, prêtent une àme et une voix à cliaque pierre, à chaque motte de terre, à chaque feuille des arbres, à chaque vague du fleuve; mais c'est une grande villasse de bourse et de négoce, capitale depuis moins de deux années., fort embarrassée du roi qui est venu s'y établir en expropriant la maison commune pour en faire un palais royal; c'est une cité républicaine où une cour est si dépaysée que Louis y habite à peine; c'est un port où, pour de grossières joies, les marins du monde entier se donnent rendez-vous et, sous l'œil paterne de magistrats vertueux, dépensent, en une perpétuelle kermesse, les écus des longues navigations! La Haye est bien plutôt la capitale, et Louis n'a pas prolesté quand les Français ont occupé La Haye; Utrecht a été, par Louis, érigé un temps en capitale, et, après un simulacre de protestation, il a laissé les Français entrer à Utrecht. Haarlem déjà Ta touché davantage, et, à cause
du pavillon qu'il a acheté de M. Hope, Ilaarlem devenait sacré; mais Amsterdam, c'est la suprême profanation.
Le 28, au chargé d'affaires de France qui notifie la demande d'admission des troupes françaises et l'exigence d'une fête militaire destinée à constater la bonne intelligence entre les deux nations, le roi fait répondre qu'il donnera tous les ordres les plus positifs pour que l'entrée des troupes françaises dans la capitale d'un prince connétable de l'Empire ne rencontre aucune opposition, mais il refuse absolument d'y assister. « Le 4, dit-il, (le 4 est le jour fixé par Oudinot), je cesse de régner. J'ai perdu l'amitié de mon frère, je n'en ferai pas moins ce qu'il désire, mais qu'on ne me demande pas de paraître, car mon parti est pris; je resterai à Haarlem et j'y attendrai les événements. »
Quels événements ? Quoi qu'il ait dit de sa bonne volonté et de sa complaisance, il rêve une suprême résistance. Il fait appeler ses maréchaux, Dumonceau et de Winter, et leur propose le commandement : « Ils lui font des représentations respectueuses, mais très fortes, sur l'inutilité dont elle est et le peu de durée qu'elle peut présenter ». Après eux, il convoque ses ministres et, « à son grand étonnement, tous sont d'un avis contraire à la défense. L'un d'eux même soutient que le roi doit rester à Amsterdam