CONSEIL DES MINISTRES
après l'occupation et, pour ainsi dire, sous le général français.
« C'en est trop, dit Louis, cela me décide : je vais mettre l'Empereur au pied du mur et le forcer de prouver à la face de l'Europe et de la France le secret de sa politique envers la Hollande et envers moi depuis sept (sic) ans. Je mets mon fils à ma place. Si toutes les querelles faites à moi et à mon gouvernement sont véritables, il reconnaîtra mon fils et lui laissera tous les moyens de faire tout ce qu'il veut relativement au commerce et à l'Angleterre, puisque, par la constitution du royaume, à mon défaut, la régence lui appartient de droit. Si, au contraire, il profite de mon abdication pour s'emparer de la Hollande, il sera~prouvé incontestablement, aux yeux de tous les Français, que toutes ces accusations étaient des querelles d'Allemand; que c'était là où l'on voulait en venir et, du moins, ni le droit de conquête, ni une cession, ni une soumission quelconque ne donneront la moindre ombre de légalité à celte usurpation de la Hollande; je ne craindrai plus qu'on se serve de mon nom pour s'en emparer avec quelque apparence de droit. »
Comme péroraison à ce discours, plein d'inexactitudes, de contre-vérités et d'incohérences, mais que Louis a pris lui-même soin de rapporter, il ajoute : « Un seul parti vaut mieux; c'est celui de se défendre jusqu'à l'extrémité. Donnez-moi votre opinion. Je vous laisse seuls afin que vous puissiez délibérer librement ».
Les ministres délibèrent donc. « Ils tombent tous d'accord que cette défense qui pourrait à peine durer quelques jours, serait la plus grande folie et, avec cela, la plus grande inconséquence, après avoir ouvert gratuitement le pays à ces mêmes troupes françaises, qui, par suite de cette mesure-là, inondent le pays et entourent la ville d'Amsterdam; que les conséquences seraient terribles pour celte ville et pour tout le pays, qui, sans aucun doute, allait être pillé, saccagé et ruiné de fond en comble et qu'ils sont trop bons Hollandais pour sacrifier leur pays à une gloriole militaire. » A la fin, « ils portent leur résolution à Louis et c'est d'approuver l'abdication en faveur de ses deux enfants ».
La journée du 30 se passe à prendre des dispositions pour l'entrée des troupes. Le roi nomme commandant général de la garde un Français, le général Bruno, neveu de Lauriston et beau-frère de Madame de Boubers, la gouvernante du prince royal : il le charge de recevoir le maréchal et ses soldats. M. Van den Poil reprend ses fonctions de bourgmestre et se concerte pour les mesures de police avec l'amiral de Winter. Sérurier envoie Caraman au duc de Reggio, à son quartier général d'Utrecht, pour le mettre au courant. La nuit vient là-dessus.
Le 1er juillet, à la légation de France, on ne sait encore ce que fera le roi. Sérurier confère avec le ministre Van der Heym pour engager Louis à rester