L'ABDICATION
à Amsterdam, tout le moins à recevoir Oudinot avant de partir pour Ilaarlem où l'opinion générale est qu'il se retirera, durant que les Français occuperont la capitale. Tel a bien pu être son projet et lui-même l'a déclaré à ses ministres, mais c'était il y a deux jours et, depuis lors, il a pris des résolutions toutes contraires. A l'heure même où l'on s'ingénie à le retenir, il expédie partout des messagers : à l'Empereur, ce même général Vichery que, trois mois auparavant, il a destitué du gouvernement d'Amsterdam, portera la nouvelle qu'il abdique en faveur de ses enfants ' ; à la reine, le conseiller d'Etat Elout portera la même nouvelle, avec l'invitation de venir prendre possession de la régence 2 ; à toutes les cours d'Europe près desquelles il a des ministres accrédités, des courriers porteront « une circulaire faisant connaître les motifs et les conditions de l'abdication. » Enfin, le roi a rédigé les trois documents essentiels par les-
1 « Je prie V. M. I. et R. d'approuver que j'abdique en faveur de mes enfants. I.e climat n'est pas contraire à Napoléon et, comme il y aura en son nom un régent en l'absence de la reine, et qui sera du choix de Voire Majesté, j'ai tout lieu de penser qu'elle sera à l'avenir entièrement satisfaite de ce pays et que tout sera fini. Je demande à V. M. de trouver bon que je reste dans un pays neutre, Faisant des vœux pour le bonheur de V. M. I. et pour la France. Jusqu'ici, j'ai eu l'espérance de pouvoir supporter l'état des choses actuelles, aujourd'hui, sire, je ne puis plus et j'insiste parce que j'y suis entièrement et fermement décidé. »
1 « Madame, les circonstances et sans doute la volonté de l'Empereur, me forçant à abdiquer en faveur de mon cher Napoléon, j'en ai fait dresser les actes authentiques. ï a régence appartient à V. M. de droit. En attendant votre retour, les ministres exercent larégence, assistes de M. lu général Bruno pour gouverneur, du grand maréchal du Palais et de Madame de Boubers. Adieu, Madame, je n'ai pas besoin de vous recommander vos enfants. Permettez que je vous recommande un pays bien malheureux. »
quels il entend justifier sa conduite devant la nation hollandaise et devant l'histoire ; son acte d'abdication, une proclamation au peuple et un message au Corps législatif.
Celui-ci, le plus étendu, lui coûte infiniment. Une première version, a-t-il écrit, était « forte et violente » ; la seconde, bien qu'atténuée et pleine de réticences, renferme encore des allégations qui suffisent, par les contradictions qu'elles attestent, à expliquer le parti qu'a dû prendre l'Empereur. « J'ai ratifié conditionnellement, dit Louis, le traité dicté par la France dans la conviction que les parties les plus désagréables pour la nation et pour moi ne seraient pas suivies et que, satisfait de l'abnégation de moimême, pour ainsi dire, qui résulte de ce traité, tout serait aplani entre la France et la Hollande. Ce traité offre, à la vérité, un grand nombre de prétextes à de nouveaux griefs ou à de nouvelles accusations; mais peut-on jamais manquer de prétextes? J'ai donc dû me confier dans les explications et les communications que l'on m'a faites lors de ce traité et dans les déclarations formelles et précises que je n'ai pu manquer de faire... Je me suis même toujours flatté que ce traité aurait été adouci. Je me suis trompé et, si le dévouement absolu que j'ai montré pour mes devoirs depuis le 1er avril dernier n'a servi qu'à traîner ou prolonger l'existence du pays pendant trois mois, j'ai la satisfaction, cruelle, douloureuse (mais c'est la seule que je puisse avoir), que j'ai rempli ma tâche jusqu'au bout, que j'ai, s'il m'est permis de m'expli-