‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 115 sur 141 · MESSAGE AU CORPS LEGISLATIF · texte numérisé non relu

MESSAGE AU CORPS LEGISLATIF

quer ainsi, sacrifié à l'existence et à ce que je croyais être le bien-être du pays plus qu'il n'est permis de le faire. »

Il n'y a pas eu de « ratification conditionnelle » ; « les explications et les communications faites lors du traité » ont consisté à annoncer à Louis que, s'il ne signait pas, la Hollande entière serait annexée : tout ce qu'il dit là est faux, mais il résulte de ce qu'il dit que, lorsqu'il protestait à l'Empereur de sa reconnaissance, sa résolution était arrêtée de ne point exécuter le traité.

Ailleurs, il avoue de même que, s'il n'a point résisté par les armes, c'est moins à cause de la ruine de son bon peuple et de l'avenir de son fils que pour d'autres motifs « aussi impérieux, que, dit-il, je dois taire et qu'on devinera ». C'est, du même coup, découvrir ses ministres et ses généraux et les accuser devant la nation. Tantôt, il proteste « contre la violation manifeste du droit des gens et des droits les plus sacrés parmi les hommes » ; tantôt, il discute subtilement l'interprétation des articles du traité; il en reprend l'historique ; il expose les intentions qu'il a eues lorsqu'il l'a signé, les sensations qu'il a éprouvées lorsqu'il a fallu le mettre à exécution ; il parle de lui-même indéfiniment, sans d'ailleurs énoncer un fait précis, sans alléguer un acte des Français qui, étant contraire au traité, motive son abdication.

Dans ce message, dont l'objet unique devrait être d'affirmer la transmission de sa couronne à son fils, on s'attendrait qu'il oubliât un instant son antipathie

contre la reine, puisque, d'après la constitution, la reine est régente ; on s'attendrait qu'il fît d'elle quelque éloge : il se contente d'ajouter en fin d'un paragraphe : « La reine a les mêmes intérêts que moi ».

D'ailleurs, dans la proclamation aux Hollandais et dans l'acte d'abdication, il insère une phrase qu'il n'a pu écrire sans dessein et qui accrédite une odieuse calomnie contre Hortense. Par deux fois il répète : « J'abdique en faveur de mon bien-aimé fils, Napo léon-Louis, et, à son défaut, en faveur de son frère, Charles-Louis-Napoléon ».

Les considérants de cet acte d'abdication ne sont pas moins étranges que le texte du message du Corps législatif : « Considérant, écrit-il, que la malheureuse situation du royaume résulte de l'indisposition de mon frère contre moi; considérant que tous mes efforts et sacrifices possibles ont été inutiles pour faire cesser cet état de choses ; considérant enfin qu'il est indubitable que la cause en est dans le malheur que j'ai eu de déplaire et d'avoir perdu l'amitié de mon frère et qu'en conséquence je suis le véritable obstacle à la tin de toutes ces discussions et mésintelligences continuelles, nous avons résolu, comme nous résolvons, par le présent acte patent et solennel, d'abdiquer, comme nous abdiquons en cet instant le rang et la dignité royale de ce royaume de Hollande en faveur de notre bien-aimé fils Napoléon-Louis, et à son défaut, en faveur de son frère, Charles-Louis- Napoléon... »

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