‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 116 sur 141 · DERNIERS PREPARATIFS · texte numérisé non relu

DERNIERS PREPARATIFS

Ces rédactions diverses prennent matériellement beaucoup de temps : Louis est un infirme ; son écriture est illisible ; pour tracer des caractères déchiffrables, il lui faut un effort presque surhumain, mais il s'obstine et, seul, il y parvient. Il y emploie la journée du 1er juillet tout entière et la plus grande partie de la journée du 2.

Avec son confident Twent, qui est à présent son intendant général et qu'il a tout récemment titré comte, il règle encore ce qui est de ses affaires privées; car il a acheté en Hollande, sur sa liste civile, des propriétés importantes et il ne met pas en doute que l'Empereur ne lui en laisse la disposition. Dès lors, il vend la terre d'Ameliswerd qu'il a près d'Utrecht, pour faire de l'argent; il remet à Twent ses diamants qu'il enverra chercher par la suite ; il se fait donner par son ministre de Justice et de Police une liasse de passeports en blanc; il se procure dix mille francs en or qui serviront à son voyage; il trace minutieusement leur conduite au grand écuyer qui doit assurer les chevaux et les relais, au grand maréchal qu'il laisse près du prince roval avec Madame de Boubers et il leur fait longuement ses recommandations.

Enfin, il reçoit ses ministres : il communique d'abord au ministre de l'Intérieur les trois documents auxquels il prétend assurer la plus grande publicité, et qu'on affichera dans Amsterdam, dès l'aube du lendemain, avec une proclamation du conseil de régence recommandant le calme; il rédige en présence des

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ministres (de huit témoins dira-t-il plus tard), sa démission de prince français et de connétable de l'Empire, et il la leur remet pour qu'ils la fassent parvenir à l'Empereur. Il fait ses adieux à la plupart, garde seulement Hugenpoth d'Aerdt, son ministre de la Police — celui-là dont l'Empereur a expressément demandé le renvoi — et Appelius, son secrétaire d'Etat. Il se promène avec eux en causant dans le parc : « J'ai la tête froide, leur dit-il. — Sire, répond Appelius, Votre Majesté n'a pas le cœur froid ». Celte réplique le ravit; il relient les deux ministres à dîner et, à leur départ, les embrasse affectueusement.

Le dîner a lieu à l'heure habituelle et avec le cérémonial ordinaire, puis le cercle, le jeu du roi; à onze heures, comme tous les soirs, Louis salue la Cour et rentre dans ses appartements.

Là le rejoignent deux de ses aides de camp, le général Travers et le contre-amiral Bloys van Treslong. Travers est un Normand que Louis a trouvé capitaine au oe dragons où il servait depuis 1790. Il l'a fait nommer chef d'escadron, l'a emmené en Hollande et, depuis, lors, en a fait un favori. En 1806, il l'a nommé colonel des cuirassiers de la garde royale; en 1808, général-major, aide de camp, colonel général de la gendarmerie et des troupes à cheval, premier aide de camp et grand-croix de l'Union; en 1809, capitaine des gardes, puis premier capitaine des gardes du corps à cheval; tout récemment, le 10 juin, baron de Jever avec dotation de la terre et seigneurie de Jever.

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