‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 13 sur 141 · EUGÈNE ET NAPOLEON · texte numérisé non relu

EUGÈNE ET NAPOLEON

la principauté que pour la reprendre dans l'avenir; cet apanage, en effet, ne passera point aux enfants d'Eugène; après la mort de leur père et celle de leur mère, dont il aura supporté le douaire, il reviendra au fils aîné du deuxième fils de l'Empereur : les fils d'Eugène seront assez pourvus par le grand-duché de Francfort. Quant aux filles, s'il y a lieu de leur accorder une dotation, l'Empereur ou le roi d'Italie y pourvoiront.

Faut-il, en cette brutale déchéance imposée à son fils adoptif, voir, de la part de Napoléon, une marque de désaffection et de défiance? Point du tout : Il se trouve obligé de fournir un établissement à son fils puîné et au fils de ce fils : cela le presse, car il a pris possession des siècles et il voit sa postérité; mais, autant qu'à présent il peut aimer quelqu'un qui n'est pas sorti de lui, il aime Eugène. Les termes qu'il emploie, dans son message au Sénat du 1er mars, évoquent presque identiquement ceux dont il se servait en pareille occasion, le 12 pluviôse an XIII; mais alors c'étaient des espérances, à présent ce sont des réalités : « Il a été doux pour notre cœur, dit-il, de saisir cette occasion de donner un nouveau témoignage de notre estime et de notre tendre amitié à un jeune prince dont nous avons dirigé les premiers pas dans la carrière du gouvernement et des armes, qui, au milieu de tant de circonstances ne nous a donné jamais aucun motif de mécontentement : au contraire, il nous a secondé avec une prudence au-dessus de

ce qu'on pourrait attendre de son âge; dans ces derniers temps, il a montré à la tète de nos armées autant de bravoure que de connaissance de l'art de la guerre. » L'éloge est beau ; si l'Empereur le décerne, c'est qu'il est véridique ; donc, s'il enlève à Eugène la couronne promise, c'est qu'il obéit, peut-on dire, à une obligation supérieure, aune nécessité dynastique.

D'ailleurs ce dédommagement qu'il se sent presque honteux de donner, n'est que jusqu'à une occasion meilleure. Quelques mois plus tard, lorsqu'il aura à désigner un héritier au trône de Suède, c'est à Eugène qu'il pensera. Deux fois, pour le convaincre et le déterminer, il lui enverra Duroc qu'il sait son plus intime ami; deux fois, Eugène refusera. Il dira qu'il ne veut pas compromettre en Suède une destinée dont la gloire actuelle lui suffit; qu'en France et en Italie, il a pu rendre quelques services et acquérir des droits à l'estime publique; qu'en Suède il serait inconnu et qu'il douterait qu'il y réussit. Puis, il devrait changer de religion; il n'y serait nullement disposé et sa femme, d'une des plus anciennes maisons catholiques d'Allemagne, n'y consentirait ni pour elle, ni pour ses enfants. Enfin, il ne saurait profiter des dépouilles de Gustave IV, dont la femme, née princesse de Bade, est la sœur de la reine de Bavière, sa belle-mère.

Napoléon ne se contente pas de ces réponses; Certain que le principal obstacle est le changement de religion, il exige que l'envoyé suédois déclare formellement si c'est là une condition expresse. On

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