HORTENSE ET LA RÉUNION
quoi, de gré ou de force, ce qui fut la Hollande devra rentrer dans le moule uniforme des départements, subir les mêmes lois fiscales, administratives, civiles, pénales, militaires et religieuses.
A des égards, les prévisions que Louis exposait au moment de son abdication se trouvent donc réalisées, mais l'Empereur, de décembre à mars, ne lui a-t-il pas assez répété que tel était son dessein et que rien ne pouvait le changer ? En Hollande même, nul n'a pensé que la transmission de la couronne pût s'opérer régulièrement; le Conseil de régence n'a pas proclamé le nouveau roi, il n'a pris en son nom aucun acte souverain J ; il a envoyé le général Jansens pour recevoir les ordres de l'Empereur et il n'a gardé sur leur portée aucune illusion. Dès 1809, par l'attribution du grand-duché de lierg au jeune Napoléon- Louis, l'Empereur a enlevé aux Hollandais raisonnables tout espoir de durée; il a suffisamment montré que, s'il consentait à laisser à son frère une royauté viagère, il réglait par avance sa succession. Nulle opposition à craindre d'Hortense ; personne n'ignore la répugnance qu'elle a toujours eue pour la Hollande, et, même pour être régente, elle ne sera point empressée d'y retourner. Gomme Napoléon l'écrit à
' L'acte par lequel le Conseil de régence s'est constitué en attendant l'arrivée de S. M. la reine, régente constitutionnelle du royaume et tutrice du roi mineur est pris « Au nom de Sa Majesté Napoléon- Louis, par la grâce de Dieu et les Constitutions du royaume », mais cet acte unique ne saurait équivaloir à une proclamation en règle.
Joséphine, la réunion « a cela d'heureux qu'elle émancipe la reine; cette infortunée fille va venir à Paris avec son fils et cela la rendra parfaitement heureuse. »
Seulement, Hortense est toujours à Plombières et il faut qu'elle fasse formellement connaître ses intentions. Napoléon lui écrit donc et la réponse atteste une soumission telle qu'il la peut désirer et qu'il l'attendait. Elle n'a rien encore de Hollande, sauf une lettre de Mme de Boubers annonçant le départ du roi. Au moment où elle a reçu le courrier de l'Empereur, elle allait lui envoyer cette lettre, et « lui demander ce qu'il fallait qu'elle fît, car elle ne veut jamais faire que ce qui lui plaira ». M. de Marmol, son écuyer, va parlir pour chercher le prince royal et l'amener à Plombières, si l'Empereur le permet. « La pensée de vivre près de l'Empereur est ce qui peut la rendre la plus heureuse et elle le prie de croire que ce seront toujours les vœux de sa fille. »
Dès cette lettre reçue, le 13, l'Empereur expédie à Hortense le texte des messages qu'elle devra adresser au président du Corps législatif et au président du Conseil de gouvernement. « Vous ne leur donnerez dans ces lettres aucun titre », a-t-il soin dédire, et c'est une simple fin de non-recevoir qu'elle enverra. « Etrangère à ces matières, dira-t-elle, je n'ai pu qu'expédier sur-le-champ un courrier à l'Empereur, chef de la Famille impériale et spécial tuteur de mon fils comme grand-duc de Berg, pour savoir ce que mon fils et moi avons à faire. »