LE GRAND-DUC DE BERG
Cela est d'ailleurs de pure forme, car, à cette date, le décret est publié et le prince royal est hors de la Hollande. Le 10 en effet, l'Empereur qui, malgré l'occupation sans coup férir d'Amsterdam par le duc de Reggio, malgré l'arrivée de Jansens attestant la soumission du Conseil de régence, conserve toujours quelque appréhension que Louis ne cherche à enlever son tils ou qu'on ne mésuse du nom de cet enfant et qu'on le proclame roi, a désigné pour l'aller chercher son aide de camp, Lauriston. Lauriston est l'oncle du général Bruno et il est allié à Mme de Boubers, dont la fille a épousé un de ses frères ; les choses se passeront donc en famille. Lauriston part sur-lechamp, dans une bonne voiture des Ecuries, muni de mille napoléons, « alin de n'avoir dans aucun cas besoin d'argent », et pourvu de lettres pour le duc de Reggio et pour Mme de Boubers. Le 13, il est à Amsterdam; le 14, il repasse à Anvers, accompagnant le grand-duc de Berg avec Bruno et la gouvernante. Après un court arrêt à Laeken où l'on a pensé que la reine viendrait prendre son fils pour le mener à l'Empereur, l'enfant se remet en route; il arrive le 20 à Paris et, de l'hôtel de la rue Cerutti où il retrouve son frère, il est conduit à Saint-Cloud.
L'Empereur le reçoit avec une sorte de cérémonial ; au moins saisit-il l'occasion de cette réception pour justifier sa conduite vis-à-vis de Louis. Le Moniteur insérera, le lendemain, cette note soigneusement rédigée par Meneval, revue et corrigée de la main même de Napoléon : « L'Empereur l'a tenu
longtemps embrassé : « Venez, mon fils, lui a-t-il dit, « je serai votre père, vous n'y perdrez rien. La con- « duite de votre père afflige mon cœur. La maladie « seule peut l'expliquer. Quand vous serez grand, « vous paierez sa dette et la vôtre. N'oubliez jamais, « dans quelque condition que vous placent ma police tique et les besoins de mon empire, que vos pre- « miers devoirs sont envers moi, vos seconds envers « la France ; tous vos autres devoirs, même ceux « envers les peuples que je pourrais vous confier, ne « viennent qu'après. »
Le même jour, par décision spéciale, le pavillon d'Italie (ci-devant de Breteuil) dans le parc de Saint- Cloud est affecté à l'habitation du grand-duc de Berg et du prince son frère : leur service y sera transporté de Paris et le grand maréchal pourvoira à ce qui pourra y manquer. Non content de cet établissement provisoire, l'Empereur ne tardera pas à s'occuper d'un projet d'organisation pour la maison de l'aîné de ses neveux, projet étudié de près, plusieurs fois remanié, où la dépense annuelle doit s'élever à 134 06O francs et qui ne sera ajourné que sur la demande d'Hortense.
L'Empereur pense aussi à celle-ci, car, toujours le 20 juillet, il fait prendre possession en son nom de l'hôtel de la rue Cerutti et du château de Saint-Leu. En attendant des mesures définitives, il lui assigne, à compter du mois de juillet, un million par an pour sa maison, oOOOOO francs pour l'entretien du duc de Berg, 2o0 000 francs pour l'entretien du prince Louis,