‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 123 sur 141 · L'EMPEREUR ET LES BIE>TS DE LOUIS · texte numérisé non relu

L'EMPEREUR ET LES BIE>TS DE LOUIS

soit 1 7o0 000 francs par année. En même temps, par une lettre écrite sur son ordre par le grand maréchal, il autorise la séparation entre les époux et donne à la reine la garde des enfants et l'administration des biens. Aux termes du Statut de Famille du 31 mars 1806, le départ de Louis, sans ordre ni congé, donne à l'Empereur le droit de prononcer comme il fait. D'ailleurs, s'il ne l'a pas, il le prend : il dispose de l'héritage de son frère comme s'il était mort; il s'empare aussi bien de ses fils que de ses papiers, des employés intimes de son cabinet que des animaux de sa ménagerie; il met la main sur les chambellans et les pages, les écuyers et les préfets ; il accommode à son usage l'équipage de fauconnerie que Louis avait créé; il veut tout, les palais de Hollande avec leurs mobiliers, les statues, les bustes, les portraits de famille, les chevaux, les voitures. Il faut une décision spéciale pour laisser à ses neveux une petite voiture à âne que leur père leur a donnée : de même fait-il les propriétés que Louis a acquises à titre privé sur sa liste civile. Il entend le réduire, par la famine et il ne lui laisse rien, mais au moins interdit-il contre lui toute accusation, même toute récrimination. Champagny a préparé une circulaire aux agents sur les motifs de la réunion. L'Empereur la lui renvoie. « Cette circulaire n'est pas bonne, lui écrit-il. Elle est dirigée tout entière contre le roi, au lieu qu'elle doit tendre tout entière à l'excuser; » et il pose les bases de la circulaire telle qu'il l'entend, où le ministre doit faire ressortir les difficultés pro-

duites par la réunion de la Belgique à l'Empire, celles provenant d'une dette double et de charges triples du revenu du pays, celles enfin causées parle système du blocus et les arrêts du Conseil britannique. Il ne profite même pas « des traces de démarches faites en Prusse et en Russie contre lui, » surprises dans les papiers de Louis : Il se contente de dire : « Le roi, aigri par une maladie chronique qui, depuis quatre ans, ne lui laissait pas de repos, l'impatientait et l'irritait, n'était pas l'homme qui convenait. Il fallait, pour réussir dans des circonstances si épineuses, de la longanimité, des mœurs douces et beaucoup de dextérité. En résumé, la situation de la Hollande était épineuse; le roi l'a aggravée; elle avait besoin d'un chef de beaucoup d'expérience, de prudence et d'énergie : la maladie du roi l'a privée de ces avantages; de là, les événements qui ont amené ce dénouement. »

Tel est le thème qu'il donne à développer, et dont il se réserve d'atténuer les termes, d'élaguer tout ce qui serait trop personnel. Sans doute, ne se repentil pas de l'acte politique qu'il a décidé, mais il se reproche l'acte familial qui en a été la conséquence. Il ne restituerait pas la Hollande qu'il estime nécessaire au système, mais que de choses il donnerait pour adoucir Louis, le ramener en France, lui faire reprendre sa place près du trône, pour couvrir le scandale de cette fuite, pour fournir un prétexte à peu

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près plausible à cette abdication et montrer qu'il n'est pas le tyran qu'on suppose.

Mais quoi! Où est-il, Louis? Prétend-il, comme Lucien, mendier un asile aux Etats-Unis? Est-il passé en Angleterre? A-t-il demandé refuge à l'empereur de Russie ou à quelque souverain allemand? Mais quel serait assez osé pour le lui accorder sans craindre la colère du tout-puissant empereur?

Cette disparition subite produit une sorte d'affolement. Vainement, à Amsterdam, interroge-t-on les ministres bollandais ; ils ne savent rien ou ne veulent pas parler. A la fin seulement, Hugenpoth, exministre de la Police, pressé de questions par l'architrésorier et presque traité en criminel d'Etat, répond : « Sa Majesté nous a seulement dit qu'elle irait à quebjue bain d'Allemagne et en effet, elle s'est dirigée vers cette partie de l'Europe. J'ai envoyé quelqu'un auprès d'elle pour savoir au juste où elle irait. » Cela ne suffit pas; il faut qu'Hugenpotb dise qui est ce quelqu'un. C'est un officier hollandais qui a suivit la trace jusqu'à Osnabrùck, s'informant du passage du comte de Saint-Leu et ne cachant point que c'est sous ce nom que le roi voyage.

Mais, à Osnabrùck, il a perdu la piste. Louis aurat-il marché vers le Nord, où est Hambourg, un port, des vaisseaux et l'Angleterre, ou sera-t-ii descendu vers le midi ? En ce cas est-il en Westphalie?

A Cassel, Reinhard, le ministre de France, tout de suite averti, voit là une conspiration par qui se faire valoir. Louis sans doute est d'accord avec Jérôme

et avec Bourrienne. Pour qui ces appartements préparés aux bains de Neudorf par ordre de Jérôme? ces autres appartements retenus à Aix-la-Chapelle ? Le ministre de Hollande à Gassel présume que son maître a pu avoir l'intention de s'embarquer pour l'Amérique; mais, alors, que penser de Jérôme qui, il y a quelques jours à peine, a dépêché M. de Boucheporn à Amsterdam ? Boucheporn revenant ne rapporte-t-il des paroles qui prouvent une entente? Belle occasion pour un agent tel que Reinhard qui veut faire du zèle, qui, sans patrie, sans opinion, sans principes, servant avec le même zèle, hier la Convention et le Directoire, aujourd'hui Napoléon, demain Louis XYIII et Louis-Philippe, ne donne pour but à son activité que de flatter le maître aux bons endroits, c'est-à-dire à ceux qui lui rapportent, et de se tirer des postes médiocres qu'il n'a point dédaigné de solliciter après avoir été lui-même ministre des Relations extérieures.

Reinhard dénonce le grand complot, mais, par malheur, c'est l'Empereur qui a suggéré à Jérôme d'écrire à Louis pour lui remontrer les dangers d'une abdication ou d'un départ : Louis étant déjà parti lorsque Boucheporn est arrivé à Amsterdam, les détails qu'il a rapportés ne donnent donc aucune indication sur la route qu'a pu prendre le roi et c'est de lui-même que Jérôme imagine un fantastique embarquement pour Batavia.

L'Empereur, tenu au courant des moindres nouvelles, approuve tout ce qu'a fait le roi de Westpha-

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