‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 124 sur 141 · OU EST LOUIS · texte numérisé non relu

OU EST LOUIS

lie, mais son inquiétude et son irritation croissent en raison de son impuissance : « Je ne crains qu'une chose pour le roi, écrit-il à Jérôme, c'est que cela ne le fasse passer pour fou, et il y a dans sa conduite une nuance de folie. Si vous apprenez où il s'est retiré, vous lui rendrez service de l'engager à se rendre à Paris et à se retirer à Saint-Leu, en cessant de se rendre la risée de l'Europe. Entremettez-vous pour cela. On me fait entrevoir d'Amsterdam que le roi pourrait se rendre en Amérique et qu'il s'est procuré pour cela un passeport par un officier qu'il aurait envoyé en Amérique. S'il vous est possible de vous opposer à ce projet insensé, même par la force, faites-le ».

Mais quoi! pour s'entremettre, pour agir, soit de douceur, soit de violence, il faudrait que Jérôme sût où est Louis, et il n'en sait rien. « Je vous dirai, écrit Catherine à son père, le roi de Wurtemberg, que l'Empereur est désespéré d'ignorer la retraite du roi de Hollande. Il voulait l'engager à venir habiter Saint-Leu comme un simple particulier et promettait de le traiter avec beaucoup d'affections et d'égards, mais il est trop tard et nous ignorons tous le lieu où il s'est retiré. »

Napoléon en est à chercher des pistes et à user de tous les moyens pour rattraper l'évadé : ayant appris par l'architrésorier que le médecin du roi, M. Latour, peut être tenté de rejoindre son maître en quelque lieu qu'il soit, il voit le parti qu'il peut tirer de cette ouverture et ne doute pas qu'une correspondance ne soit établie du malade au docteur:

Eu suivant celui-ci on arrivera à celui-là ; il écrit donc que, « non seulement il permet le voyage de Latour, mais qu'il le désire, que ce prince lui est toujours cher, qu'il verra avec plaisir que Latour reste auprès de lui, qu'il regardera comme personnels tous les services qu'il lui rendra ». Là encore c'est un échec, et la préoccupation croît chaque jour. Elle se montre dans toutes les lettres qu'il écrit aux siens du 6 au 20 juillet, tantôt tournée en colère, tantôt en affection, tantôt en dérision. « On ne conçoit rien à cette lubie », écrit-il, mais cette lubie le gène. Il se plaît à l'appeler ainsi, mais il sent l'effet de cette protestation muette, au moment même où Lucien réclame ses passeports et annonce son prochain départ. « Cet événement fait le plus mauvais effet dans Paris, écrit Catherine : on dit même le public si fort prévenu que le ministre de la Police s'est cru obligé d'en avertir l'Empereur et de l'empêcher de venir à Paris comme il en avait le projet. »

Enfin, le 20 juillet, à la fois par une dépêche de M. de Bourgoing, ministre à Dresde, et par une lettre de Louis à Decazes, l'Empereur apprend que son frère est aux eaux de Tœplitz en Bohème. Il se hâte d'en faire part à Madame, à Jérôme et à Hortense, en ajoutant : « Toute sa conduite est inexplicable et ne peut être attribuée qu'à son état de maladie. » Toutefois, il est soulagé de l'inquiétude que Louis soit passé en Angleterre ou en Amérique, et, certain désormais du lieu où il peut le prendre, il ne doute pas qu'il ne

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