LOUIS A TOEPLITZ
ministres, non plus comme étant ses agents, mais comme étant ses amis, ses associés dans le commun désastre; il prétend dès à présent préparer sa justification — celle-là même qu'il ne publiera que dix années plus tard — mais, malgré ses déclarations de désintéressement, dans la passion avec laquelle il s'informe de ce qui se passe à Paris, ne peut-on voir la suprême illusion que l'Empereur cédera, le rappellera en Hollande et lui rendra son trône?
Toutefois, on ne saurait dire s'il attend les réponses de Van der Heim. A Osnabriick, on perd sa trace. Il traverse sans doute Hanovre, Brunswick, Magdebourg pour gagner Wittemberg et Dresde où on le retrouve le 9 ; le li, il est à Tœplitz en Bobême1. De là, il écrit à Bourgoing, en le priant de rendre compte à l'Empereur de son arrivée et de son vit' désir de rester dans les environs pour soigner tranquillement sa santé. Il a pris le nom de Saint-Leu et c'est sous ce nom seulement qu'on doit le faire connaître, et même lui parler, si on le voit. « Vous me feriez beaucoup de peine, dit-il à Bourgoing, en faisant autrement. » Le même jour, il écrit à l'empereur d'Autriche pour lui demander la permission de résider dans ses Etats et au comte Otto, ambassadeur de France à Vienne, pour lui annoncer son arrivée ; peut-être, dans cette dernière lettre,
1 Selon les Documents historiques, il y arrive le 0; selon le commissaire des Bains et selon Goethe le 11. Peut-être est-il resté deux jours dans Un incognito absolu; peut-être a-t-il voulu tromper, ici comme pour la date de son arrivée à Osnabriick, alin de dissimuler les deux jours qu'il aurait passés au Loo.
29i NAPOLÉON ET SA FAMILLE
glisse-t-il une phrase qui lui permet de croire qu'il a demandé les ordres de l'Empereur sur sa future résidence, mais c'est de façon si discrète que nul n'y a pu rien entendre.
Le 16 juillet seulement, il s'avise de révéler le secret de sa retraite aux trois personnes qu'il tient, hors de la Hollande, pour les plus dévoués : sa mère, Jérôme et Decazes ; mais c'est moins par tendresse et par affection, pour les rassurer ou pour s'épancher, qu'en vue de régler son avenir et d'établir son plan de vie.
Seulement, ces trois lettres, datées du même jour, sont étrangement contradictoires : à Jérôme, il dit que « non seulement son intention n'a pas été, en abdiquant, de se soustraire à l'autorité de l'Empereur, mais, au contraire, qu'il désire savoir si l'Empereur lui permet d'aller vivre en particulier à Saint-Leu » ; à Madame, il dit : « après tout ce qui s'est passé, j'ai choisi ce lieu (Tœplitz) de préférence parce que c'est plus loin. J'ai bien songé à aller vous rejoindre (à Aix-la-Chapelle), mais je vous aurais attristée et je ne puis plus supporter actuellement que la retraite la plus profonde. J'attends la réponse de l'Empereur sur l'endroit où il me permettra de rester après les eaux. Je ne sais moi-même où aller; ce que je désirerais le plus, ce serait d'habiter avec vous, comme particulier, le midi de la France ; mais l'Empereur ne le voudra pas, et alors, j'ai demandé à rester en