REPONSE DE LOUIS
mes conjectures. » Comme de juste à la fin, appel à l'indulgence, aux bontés pour excuser la liberté prise.
Louis ne reçoit pas aussi mal qu'on aurait pu croire cette longue lettre de Decazes : on n'a point pensé qu'il se rendrait au premier coup et n'est-ce pas déjà une victoire qu'il ne se mette point en garde, qu'il ne prenne point en haine le donneur d'avis et qu'il ne le tienne pas complice des persécuteurs"? Npn seulement il répond le 21 août, mais il se confie davantage et entre plus en intimité. « Monsieur Decazes, écrit-il; je vous ai écrit étant isolé et errant, c'était la plus grande marque d'estime que je pouvais vous donner puisque je vous avais moins écrit en d'autres temps. Comment pouvez-vous me parler de gloire et de bonheur? Celui-ci ne fut jamais mon partage et d'autant moins que je rétrécissais le cercle de mes désirs et de mes vœux. L'autre consistait pour moi à soutenir la Hollande, à ne pas être l'instrument de sa ruine sous le nom de roi. Comme il n'y a plus moyen, tout est fini pour moi et c'est ma meilleure consolation dans le détériorement de ma santé ! Je n'ai pu éviter d'être le premier et i' avantdernier roi de la Hollande. Puissé-je au moins être le seul roi, le seul de mon nom qu'on traite si mal î Mais ne parlons plus de cela, je vous prie; je suis Français, je suis homme et la Hollande est dans mon cœur pour toujours. » Et, après des commissions diverses qui montrent l'extrême familiarité : affaires v. ~ 20
d'argent à régler, livres à envoyer, nouvelles des enfants à demander régulièrement, il termine : « Vous voyez que ma confiance et mon estime en vous ne sont pas diminuées. »
Voilà qui est bon, et Decazes est établi sur le pied d'un confident, encore un peu et il montera au favori. Louis n'a jamais su se passer d'un ami obscur, qu'il découvre, admet à son intimité, protège, grandit, comble de grâces, jusqu'au moment où, dégoûté aussi brusquement qu'il s'est engoué, il s'en débarrasse brutalement : ainsi Mésangère, Fleury, Twent, Roëst van Alkemaade, Fornier-Montcazals, Dalicboux de Seneirra, Travers, combien d'autres ! C'est fini de Bloys van Treslong qui veut à toute force rentrer en «Hollande; à peu près de Travers, qui manque de lettres. La place est à prendre : il est vrai que Louis l'a destinée à Charles de Bylandt, ci-devant son aide de camp et colonel du Ve régiment de chasseurs, mais y a-t-il chance que l'Empereur lui permette de l'occuper? Bylandt est d'une famille qui, depuis l'an XIII, a attiré la surveillance de la police parce que quelques-uns de ses membres sont pensionnés de l'Angleterre. Chaque fois qu'un Bylandt a paru en France, les bureaux ont été en mouvement à son sujet et d'ailleurs sans parvenir à l'identifier. On demande des indications en Hollande et on ne s'y reconnaît pas davantage. Il y a cinq, six, sept, dix Bylandt, dont trois, pour le moins, ont été ou sont au service du roi d'Angleterre ou de l'électeur de Hanovre. Cela n'era-