‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 131 sur 141 · LE COMTE DE BYLANDT · texte numérisé non relu

LE COMTE DE BYLANDT

pêche pas Louis d'en employer plusieurs : un est président du Corps Législatif, un autre ministre à Munich, un troisième chambellan; mais le plus favorisé a été ce Charles qui, cadet puis lieutenant de 1785 à 1795, démissionnaire ensuite, a été réintégré en 4806 comme lieutenant officier d'ordonnance, et, en moins de trois années, sans un fait de guerre, s'est trouvé colonel (25 septembre 1809) et aide de camp du Roi. Suspect déjà, il le devient bien plus, lorsque, seul de toute l'armée hollandaise « il fait des difficultés » pour prêter serment à l'Empereur. Là-dessus, le 10 août, Napoléon a ordonné qu'on l'arrêtât et qu'on l'envoyât par la gendarmerie à Vincennes. C'est juste le moment où Bylandt demande à aller remplacer Bloys van Treslong près de S. A. I. le prince Louis (18 août). Transporté à ses frais à \7incennes, il fait présenter le 26 août par Verhuel, une nouvelle pétition « tendant à obtenir la permission de se rendre auprès de son maître. » Louis, de son côté attribuant l'arrestation de Bylandt, non pas à son refus de serment, mais à l'attachement qu'il lui a montré, supplie sa mère qu'elle le fasse mettre en liberté, mais bien que Bloys doive le quitter le 30 août, il n'ose plus, en ce moment, insister pour qu'on le lui envoie 1.

' Le 18 septembre, sur les instances de Madame, Bylandt est mis en liberté, mais il est envoyé en surveillance à cinquante lieues de Paris. A sa demande le ministre de la Police lui assigne pour résidence Metz « parce que les établissements que renferme cette ville lui offrent les moyens de perfectionner son instruction particulièrement en ce qui concerne l'arme de l'artillerie dans laquelle il servait en Hollande. » 11 paraît d'ailleurs à Savary « un jeune homme sage, studieux, très affecté d'avoir encouru la disgrâce de Sa Majesté

11 va donc se trouver seul, car Travers, ne peut plus résister à l'existence qui lui est laite et n'a qu'un rêve, celui de rentrer en France. Louis dans l'état de soupçon où il vit, mène une perpétuelle inquisition sur ceux qui l'entourent, ouvre leurs lettres, les empêche d'écrire même pour leurs affaires particulières, leur impose une discipline fantasque et tyrannique, et, dans l'oisiveté à laquelle il les condamne, ne leur permet de parler à personne, pas môme à lui l. Quelqu'un de nouveau, qui aurait eu part à sa confiance, avec qui il pourrait reprendre d'anciens entretiens de littérature, qui changerait ses horizons, lui apporterait des éléments de distraction et de discussion, aurait quelque chance de réussir et de prendre une sorte d'influence. Sous prétexte de régler les affaires d'argent que complique singulièrement le décret pris par l'Empereur, le 18 août, qui supprime

et désirant qu'elle lui permette de se consacrer à son service. « En effet. Bylandt. n'ayant pas été compris dans l'organisation nouvelle de son régiment, devenu 33° léger, réclame en avril 1811, sa confirmation dans le gra>le de colonel et n'ayant rencontré l'opposition ni du ministre de la Guerre, ni du ministre de la Police, il est admis, le 20 septembre, au service de France et nommé adjudant commandant. Fait prisonnier de guerre à Hambourg, en août 1813, il demande en 1814 à rester au service de France, accompagne le roi à Gandet jouit, jusqu'en 1828, delà demi-solde de colonel d'état-major français. Tel est ce patriote hollandais.

1 Travers prend au mois d'octobre ses dispositions, rentre en France et est réadmis au service dans le grade de général de brigade le 11 novembre. Le 24 décembre, il est pourvu du commandement du département de la Dyle; le 10 février 1813. il est appelé au commandement de la brigade des lanciers de Berg, qui était assimilée aux régiments de cavalerie Vieille Garde. Le 5 mars il est créé baron de l'Empire au titre de Jever, fait brillamment les dernières campagnes et démissionne le 5 avril 1816, pour entrer comme général major au service du roi des Pays-Bas.

DECAZES A TQEPLITZ 309

la liste civile de Hollande à dater du 1er octobre, dissout les maisons du roi et de la reine à dater du Ie' septembre, confisque le mobilier royal, déclare palais impériaux, le palais d'Amsterdam, les châteaux du Loo et de Zœstdick, le palais d'Utrecht et le pavillon de Haarlem et met sous le séquestre les biens personnels de Louis, Decazes part pour Tœplitz à la mi-septembre. Il a l'assentiment de la Famille avec qui il s'est concerté, mais il n'a point de mission officielle, ce qui serait de nature atout gâter, et il agit en son nom privé, de son initiative personnelle, comme homme d'affaires et comme ami.

Il arrive le 24 et la lutte est longue. Le décret sur le séquestre a exaspéré Louis, il ne veut rien entendre, même sur ses affaires ; il ne veut plus rentrer en France après la saison des eaux ; de Tœplitz, il ira s'établir à Gratz. Il faut un effort de chaque instant pour obtenir de lui, le 1er octobre, le jour même où il quitte Tœplitz, l'autorisation « au conseil de ses affaires particulières, à Saint-Leu et à Paris, de continuer à diriger ce qui est relatif à ces propriétés, à mettre en ordre et à faire face aux dettes et à lui rendre compte régulièrement de l'état de ses affaires aussitôt qu'on aura levé le séquestre. Jusque là, dit-il je neveux ni ne puis entendre parler de rien ».

Ce n'est pas une victoire et avec Louis, il est bien dangereux de faire, de la levée du séquestre, un pont pour la rentrée en France : il faut trouver mieux et, pour cela, ne pas le quitter d'un pas.

Le 1er octobre donc, avec Travers, décidément en quarantaine, et Decazes qui, s'il n'a pas triomphé, se maintient en une demi-faveur, Louis part pour Gratz; mais, en route, il apprend que le prince d'Orange s'y rend et que l'empereur d'Autriche s'y trouve. Il veut éviter l'un et l'autre, s'arrête, balance entre Baden et Wiener-Neustadt, fait même retenir un logement à Baden dans la maison dite des Augustins, et à la fin, se décide pour Marbourg où il fera une cure de raisin.

A Marbourg, il est rejoint par le premier secrétaire de l'ambassade de France à Vienne — M. de Lablanche, un neveu de Champagny — lequel lui remet une sommation de l'ambassadeur ainsi conçue : « Sire, l'Empereur m'ordonne d'écrire à Votre Majesté dans les termes suivants : le devoir de tout prince français et de tout membre de la Famille impériale est de résider en France et il ne peut s'absenter qu'avec la permission de l'Empereur. Après la réunion de la Hollande à la France, l'Empereur a toléré que le roi de Hollande résidât à Tœplifz; sa santé lui paraissait rendre les eaux nécessaires, mais aujourd'hui, l'Empereur entend que le prince Louis, comme prince français et grand dignitaire de l'Empire, y soit rendu au plus tard le 1er décembre prochain, sous peine d'être considéré comme désobéissant aux Constitutions de l'Empire et au chef de sa famille et traité comme tel »

Louis accuse simplement réception; c'est une blessure de plus à sa personne royale, l'affirmation de cette

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