‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 132 sur 141 · LOUIS A GRATZ 3H · texte numérisé non relu

LOUIS A GRATZ 3H

servitude à laquelle l'Empereur prétend le réduire. Toutefois, la sommation parait avoir produit son effet, car Decazes, lorsqu'il le quitte quelques jours plus tard, emporte l'engagement verbal et écrit qu'il rentrera, si l'Empereur consent à le laisser vivre tranquille en France ou en Italie.

Il est vrai que, à la même date, Louis « fait offrir 23 000 ducats pour prix d'achat d'un grand bien ecclésiastique, dans le voisinage de Baden, situé dans une contrée charmante et très saine ». Le 2 novembre, il vient seul — car Travers l'a quitté — s'établir, avec son médecin Latour qu'il commence à prendre en aversion, à Gratz, d'abord à l'auberge Zur Sonne, puis dans la maison du comte Jordis1, général en retraite. A tous ceux qui l'approchent il déclare qu'il désire vivre oublié. Au gouverneur, il dit : « Traitezmoi comme un de vos bourgeois, je ne suis ici que le comte de Saint-Leu»; même aux Hollandais, il écrit : « J'ai si besoin de m'oublier moi-même que l'isolement est la seule chose qui me convienne ». Cela ne l'empêche point de faire des visites à l'archiduc Jean, frère de l'empereur, qui a sa résidence à Gratz, de fréquenter certains émigrés qui y sont fixés, entre autres le marquis d'Ecquevilly, ancien officier général de l'armée de Gondé et la marquise, qui est née Durfort, et de se lier

1 Fn 1844, les neveux deM.de Jordis ayant e"té faits prisonniers, Louis s'adresse au ministre de la Guerre pour demander qu'ils soient échangés ou renvoyés sur parole.

avec son hôte. Il a d'ailleurs une vie large et opulente : s'il n'a point, comme le bruit en court eu Angleterre, emporté de Hollande vingt millions de florins, la banque Arnstein et Eskeles, de Vienne, où il a déposé son argent et ses bijoux, lui sert une pension de 2 000 florins (autr.) par mois, et il tire encore de l'argent d'Amsterdam où l'on sait qu'il a des fonds.

Il se plaît à cette vie et semble avoir perdu tout souvenir des promesses qu'il a transmises par Decazes. A sa sœur Caroline qui, de son chef, a tenté de le convaincre de rentrer en France, il répond : — « J'ai écrit à quelqu'un que je croyais mon ami; il est resté, après l'époque des événements qui me concernaient, plus de trois semaines sans me répondre et en a demandé la permission ! ! ! — Depuis, j'ai presque la certitude qu'il a envoyé les lettres confidentielles et longues que je lui avais écrites avec épanchement à Paris; cela m'a été bien nuisible et depuis deux mois nous ne nous écrivons plus. C'est pour cette raison que je n'ai plus écrit ni à Joseph ni à ton mari. Je n'y comprend plus rien et ne sais plus où j'en suis. Dis ces choses à ton mari ». Comme Caroline insiste sur ses devoirs envers l'Empereur : « Je ne suis plus prince français, dit-il, depuis qu'on m'a fait roi malgré ma volonté et qu'on m'a fait monter sur un trône. J'étais très mesuré dans mes prétentions et je le suis toujours. Je ne veux et ne puis rester désormais que dans une situation privée ». Il menace, si on l'ennuie, de passer

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