SOLITUDE DE LOUIS
excède quiconque consent à partager son exil, il renvoie ceux qui ne s'en vont pas d'eux-mêmes, mais il ne peut supporter ne pas être entouré ; il lui faut un auditeur, un interlocuteur, ou plutôt une victime. L'apaisement que donne la solitude n'a pas eu encore le temps de se produire et l'exaltation, à défaut de paroles, se nourrit d'écritures. « Les deux personnes qui étaient avec moi m'ont quitté, je suis seul, écritil à Van der Ileim ; on ne veut permettre à aucun de vos compatriotes de rester avec moi. — On veut m'isoler. — Le vieux qui me reste ' n'y restera pas longtemps. Serai-je abandonné de tout le monde? Ne puis-je avoir au moins auprès de moi le voyageur qui m'avait promis de me rejoindre ? Ne puis-je avoir quelqu'un avec qui je puisse m'enlretenir, moins de mes chagrins personnels que de mon pays, du peuple que je ne puis oublier et n'oublierai jamais? Ou bien m'a-t-on si fort calomnié encore qu'on est parvenu à faire douter de mes sentiments et de ma constante foi à mon pays, quelque chose qui m'arrive? Un mot un souvenir — que j'apprenne au moins ce que l'on souffre et ce que l'on ne souffre pas ! Tout le monde est-il mort et tout le monde est-il changé sans exception ? »
C'est dans une telle situation d'esprit qu'en ouvrant le Moniteur du 15 décembre, il y trouve toute une série d'actes impériaux qui concernent la Hollande et lui-même. Napoléon a pensé que le décret de réu-
* Son médecin, Lalour.
nion, rendu nécessaire par les circonstances de l'abdication n'était légalement qu'une acte préparatoire, que la réunion, selon le vœu des Constitutions, et d'après les précédents établis les 8 et 24 fructidor an X, 16 vendémiaire an XIV, 21 janvier et 21 mai 4808. et 17 février 1810, devait être prononcée par un sénatus-consulte organique, mais on peut croire qu'il a attendu pour le proposer l'échec complet des négociations engagées par Decazes.
La renonciation, l'abdication pure et simple de Louis, suivie de sa rentrée en France eût aplani les obstacles et, du même coup, on eût pu, avec son consentement, régler sa position nouvelle comme prince français. L'Empereur n'a pas été sans envisager cette éventualité et, selon sa méthode habituelle, lorsqu'il travaille une idée, il a dicté une note où il a jeté les principes, indiqué les moyens d'exécution, marqué ses doutes — qui a été une sorte de délibération qu'il a eue avec lui-même et qu'il reprendra dans des dictées successives jusqu'à ce qu'il ait trouvé la forme définitive.
Telles sont donc ses idées1 : « En prenant le sénatus-consulte qui réunit la Hollande à la France, il est impossible de ne point penser au roi. Il faut lui faire un apanage comme prince français. Il doit consister château de Saint-Leu, palais du petit Luxembourg, forêt de Montmorency et autres plus agréables, jus-
1 De ce brouillon aussi instructif sur la façon de travailler que sur le courant des idées de Napoléon, je ne supprime, pour cette raison, aucune des répétitions et je ne supplée pas aux mots sautés par le secrétaire que presse la parole de l'Empereur.