LES FETES DU MARIAGE
mais il ne peut retenir les souverains de Bavière, de Saxe et de Wurtemberg, pressés de sortir de la bagarre : il doit se contenter de ceux qui font partie de la Famille ou qui y sont alliés : ceux-là, sur ses ordres, s'empressent à Paris de leurs Etats ou de leurs Gouvernements : le prince Borghèse, le roi et la reine de Westphalie, le roi de Naples, la grande-duchesse de Toscane, le vice-roi et la vice-reine, le prince et la princesse de Bade et le grand-duc de \Vurtzbourg. Louis, Pauline, Julie, Hortense, Madame, n'ont pas quitté Paris. Sauf Joseph, la Famille est au complet. Tous pourtant, malgré l'invitation portée à chacun par un maréchal des logis du Palais, ne se rendent pas à Gompiègne « pour y recevoir l'Impératrice », Madame s'abstient, ainsi que Julie toujours malade et Elisa fatiguée du voyage : aussi bien, la réunion manque de cordialité. Louis, qui n'est venu que par contrainte, a trouvé, dès l'arrivée, que l'appartement qui lui était destiné était trop rapproché de celui d'Hortense, il a soupçonné quelque intrigue et aurait voulu qu'on mît ses chevaux. Borghèse et Pauline, étonnés d'être ensemble quelque part, ne se parlent point ; Hortense, seule en face de l'ennemi — car son frère et sa belle-sœur ne sont pas du voyage — retient à peine ses larmes; et l'Empereur, tout à ses desseins, n'a plaisir qu'à interroger ceux qui ont approché sa fiancée, à tout préparer pour la recevoir, à meubler les appartements qu'il lui destine, à se parer luimême et à se rendre coquet pour lui plaire ; puis, pour dompter par la fatigue physique l'agitation de son
esprit, il entraîne à sa suite, dans de folles randonnées, la Cour éperdue.
Marie-Louise arrivée, c'est bien pis : il se ferme, se confine dans son appartement, et, sauf Caroline, qui a ses bonnes grâces et qu'il met constamment en tiers, il ne reçoit personne et ne parle à personne. Chacun attend un mot, un sourire, un regard. Les portes restent closes ; Louis, qui s'occupe à versifier ne s'en plaint pas; mais Pauline enrage, Horlense pleure, Catherine s'indigne et Jérôme exaspéré veut partir. Quant à Murât, tout fier d'avoir été pris pour compagnon d'averse à Courcelles et de voir sa femme si fort en faveur, il est le seul, pour le moment, à se trouver satisfait.
Lorsque, à la fin, après un grand cercle tenu par grâce en dernière heure, 1" Empereur annonce le départ, c'est une joie, mais elle est courte ; il faut reparaître en grand costume au perron de Sainl-Cloud, il faut écouter Zaïre, il faut subir les cérémonies du mariage civil; il faut surtout, le 2 avril, dès dix heures du matin, être habillé, en grande parure ou en grand costume, pour le mariage religieux ; il est une heure quand on arrive à l'arc de triomphe de l'Etoile ; il est trois heures quand on repart des Tuileries, et là commence le supplice des princesses, car de la Galerie de Diane où le cortège s'est formé, il leur faut, sous le regard atlenlif et railleur de loules les caillettes de Paris, défiler en postures de servantes, soutenant le manteau de l'Impératrice ; mais il n'y a là que Julie,