‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 16 sur 141 · MAUVAISE HUMEUR · texte numérisé non relu

MAUVAISE HUMEUR

Ilortense, Catherine, Elisa et Pauline; Caroline, qui a g^gné sa parLie, marche librement après Madame, avant le grand-duc de Wurlzbourg : c'est elle qui, à l'offrande, est chargée des honneurs de l'Impératrice. Elle « l'accompagne », tandis que les princesses la suivent portant son manteau.

Et, après la cérémonie, après le retour en cortège, il y a le défilé des corps de la Garde, il y a, à sept heures, le banquet impérial, dans la salle du Théâtre, puis le concert dans la Salie des Maréchaux, puis le feu d'artifice sur le balcon, puis la bénédiction du lit et la conduite faite à Leurs Majestés — et toujours debout, toujours en représentation, toujours en cortège! Et le lendemain, à deux heures, on recommence, et les princes et les princesses debout, entourant le trône, subissent quatre harangues, et, après, les révérences de tous les gens de la Cour et de leurs cours, de tous les personnages de l'Administration, des magistrats, des généraux, des évoques, des maires, des hommes et des femmes présentés — cinq heures d'horloge !

Trois jours après, on repart pour Compiègne; la ville regorge de monde et on s'arrache les galetas. Ce n'est pas seulement la Cour, c'est tout Paris qui, par ordre, envahit chaque soir la petite ville pour les présentations et les spectacles : une dépense dont on n'a nulle idée, car chacun, outre sa maison d'honneur, — et Jérôme par exemple a vingt-six personnes à sa

suite, Elisa quatorze, Caroline et Auguste au moins autant — outre sa suite, doit pour les Parisiens tenir tabie ouverte. L'Empereur donne à la vérité des diamants pour quelque 50 000 francs, mais cela fait-il qu'on soit moins ruiné?

Et c'est pour quoi obtenir? « L'Empereur est invisible même pour sa famille et l'Impératrice ne reçoit chez elle que la reine de Naples. Toutes les autres sœurs et belles-sœurs ne sont pas admises. » On ne répond à aucune des lettres en demandes d'audience et, en sept jours, le roi de Westphalie n'a pu parvenir à voir l'Empereur qu'une seule fois? Si l'Empereur est ainsi, qu'on juge des subalternes; « on en reçoit des milliers de désagréments et même des impertinences ». Et il faut subir les rigueurs d'une étiquette sans précédent, ne manquer aucune fête, aucune chasse, aucun spectacle, sous peine d'une bourrade, mais sans obtenir d'ailleurs un mot ni un regard. On fait la foule, et cette figuration, costumée, décorée, brodée, endiamantée, est nécessaire au spectacle, mais le protagoniste n'a l'air de s'apercevoir qu'elle existe que si un des personnages muets a l'audace de s'absenter. Qu'on ne le dérange pas au moins et qu'on n'ait point l'audace de lui parler affaires ! On en est le mauvais marchand — témoin Murât qui essuie alors une colère sans exemple. L'Empereur ne voit que sa femme, ne recherche qu'elle, tient le reste du monde pour inexistant.

Quant à Marie-Louise, comment discerner ce qu'elle

Page 1