‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 27 sur 141 · LUCIEN AUX BAINS DE LUCQUES · texte numérisé non relu

LUCIEN AUX BAINS DE LUCQUES

et les fêtes villageoises ; mais l'été approche et il faut songer à remonter vers le Nord.

Elisa qui, depuis le 3 mars 1809, a réalisé son rêve et qui est établie en grande-duchesse au Pitti et dans les palais toscans, en écrit à son frère avec sollicitude. « Le mauvais air ne te forcera-t-il pas à quitter la campagne ? Dans ce cas-là, ne veux-tu pas retourner en Toscane? Puis-jete faire chercher une maison? Donnemoi tes ordres, mon ami, je serais si heureuse de te savoir près de moi, etàportéede t'allervoir. » Toutefois, il ne saurait être question de Florence et, aux bains de Lucques, il est fâcheux que la maison de la princesse ne soit pas habitable ; mais, du palais, on fournira tous les meubles qui manqueront à la maison Bonvisi où Lucien sera à merveille. Il y verra le prince Félix qui viendra, s'il peut, passer une quinzaine et sa nièce, qui prendra les eaux. Durant ce temps, à Canino, on réparera le château tout à neuf; on construira à force, on démolira des maisons qui bouchent la vue ; on rebâtira l'hospice ; on dotera le bourg d'une porte monumentale et d'un lavoir public. En cinq mois, il faut que tout soit terminé : aussi, double salaire aux ouvriers qu'on appelle de tous les coins de l'Italie et dont on paie le voyage. Et, pour la mise en état du domaine, c'est pareille activité : il y faut trente charrues, deux cents bœufs, des milliers de bête à laine. On y cultivera le coton et Lucien fait venir exprès des paysans de Calabre. Pour les fonderies et les forges, il faut des ingénieurs, des charpentiers, des artisans dans tous les genres qui arrivent de

Corse et de France; il faut une flotille môme, car c'est de l'île d'Elbe qu'on fera venir le minerai.

Cet immense établissement indiquerait chez tout autre des vues d'avenir arrêtées ; Lucien pourtant, parait s'en occuper bien moins que de l'enlèvement du Pape et des vicissitudes de son voyage. Malgré le bruit tout proche du canon qui, à Essling et à Wagram, décide le sort de l'Europe, ce sont des nouvelles de Pie VII bien plus que de la Grande Armée qu'il attend d'Elisa. Sans demander permission, il quitte les bains de Lucques, s'en vient pour plusieurs mois à Tusculum et à Rome, regagne Canino seulement à la fin d'octobre. Si, par la suite, il doit tirer grand parti des travaux qu'il a faits, il y a mis beaucoup d'argent et, comme il est gêné, il songe à faire rentrer une créance sur les Santa-Cruz qui date de son ambassade d'Espagne. Cela est peu galant pour la marquise, mais il faut vivre : d'ailleurs, autant qu'il en profite, car, les Santa-Cruz tenant pour Ferdinand YII, ont leurs biens sous séquestre. Lucien en écrit donc à Joseph, mais Joseph n'y peut rien ; l'Empereur s'est réservé en France, en Italie et en Espagne, les biens des grands qui, après avoir prêté serment à Rayonne, ont faussé leur parole. C'est donc à l'Empereur qu'il faut parler et, le 15 novembre, Lucien en charge Madame. Mais il s'agit de bien autre chose.

A ce moment précis, arrive à Canino, expédié par

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