LES AMBASSADEURS DE LUCIEN
nence, demande Boyer, en écrivant à M. Lucien que la première femme et l'enfant du roi Jérôme venaient en Europe? — Lucien n'a pas voulu me comprendre, répond Fesch ; j'ai voulu lui dire que l'Empereur voulait être bien avec tous ses frères. — Lucien ne pouvait donner ce sens à votre lettre, interrompt Madame. — Mais enfin, reprend Fesch, Lucien, sans faire divorce, pourrait vivre séparé de sa femme ; elle aurait des titres, des rentes; les enfants seraient bien traités, rien ne leur manquerait. — Vous voudriez donc que tous les enfants de Lucien fussent bâtards, s'écrie Madame, et, s'adressant à Boyer : Croyez-vous que Lucien consentirait à se séparer de sa femme ? Je n'entends pas qu'il fasse divorce ni qu'il abandonne ses enfants. — M. Lucien, déclare Boyer, m'a chargé de vous dire que, si jamais il renonçait à la vie privée, ce serait un sacrifice qu'il ferait pour prouver son attachement à la Famille, mais que les liens qu'il avait formés étaient indissolubles jusqu'à la mort. » Sur ce mot, la conférence est rompue; Madame congédie les deux envoyés et leur dit qu'elle leur fera savoir quand ils devront revenir.
Près de dix jours se passent sans que Madame ose rapporter à l'Empereur ce que lui ont transmis les messagers de Lucien. Elle charge seulement Pauline de lui montrer la lettre au sujet de Lolotte. L'Empereur en paraît content. Le 26, après le dîner de famille, elle se décide à l'entretenir « du voyage et du gouvernement de Rome », mais elle parle surtout de ses
intérêts particuliers, de la manière dont elle est traitée, de l'unique million qu'elle reçoit, de l'entretien de Lolotte qui sera très coûteux — sur quoi elle insiste. L'Empereur ne lui répond pas, appelle Jérôme qu'il prend à part et le charge de régler ces affaires.
Le 27, Jérôme convoque les deux émissaires. « Je suis autorisé, leur dit-il, à terminer tout ce qui regarde Lucien. Tout ce que je ferai sera approuvé, mais je ne voudrais pas faire de démarches inutiles. Vous connaissez les sentiments de Lucien ; quelles sont les bases d'après lesquelles on pourrait s'occuper d'un arrangement? » Gampi répond que Lucien n'a pas prévu qu'on leur en parlerait, qu'ils n'ont pas d'instructions, qu'ils sont venus seulement pour demander à Madame si Lucien ne déplairait pas à l'Empereur en envoyant Lolotte sans Lili. « L'affaire de Lolotte est finie, interrompt Jérôme. L'Empereur consent qu'elle vienne sans Lili, je suis fâché qu'elle ne soit pas ici. Maman aurait dû vous renvoyer le lendemain de votre arrivée pour retourner la chercher. » 11 demande combien il leur faut de jours pour être de retour avec elle. — Vingt jours, lui répond-on. — «C'est bien, fait-il, mais revenons à Lucien. L'Empereur veut qu'on termine. Lucien ne peut pas vivre en particulier. S'il le croit, il est dans l'erreur. S'il nous aime, il doit désirer un arrangement. Qu'en pensez-vous. — M. Lucien, répond Boyer, m'a chargé de dire à Madame que. si jamais il faisait le sacrifice de sa vie privée, ce ne serait que pour prouver son