JEROME ET CAMPI
dévouement à la personne de l'Empereur et à toute sa famille. — A la bonne heure ! fait Jérôme. Mais il faut s'entendre : Lucien a des enfants de sa seconde femme : un de ces enfants est né hors le mariage. Il n'est pas légitime. Nous ne pouvons donc pas le reconnaître. Ce serait reconnaître tous les enfants naturels que nous avons eus. Lucien sait que cet enfant n'a aucun droit à la couronne de France. » Gomme Boyer et Campi répondent que M. Lucien ne s'est jamais expliqué avec eux sur un point aussi important : « S'il était question d'une autre couronne, reprend Jérôme, la succession serait réglée comme Lucien voudrait, mais pour celle de France, il faut bien se convaincre que Lucien n'y a aucun droit. Je suis le meilleur ami de Lucien ; je me sacrifierais pour lui, mais je ne consentirai jamais à reconnaître un enfant qui n'est pas légitime. Quant aux autres enfants, il n'y aura aucune difficulté. Puisque vous ne connaissez point les sentiments de Lucien sur ce point, conclut-il, je ne puis donc pas m'occuper d'un arrangement. »
Dès lors, la conférence tourne court. Gampi réplique vainement que l'arrangement aura lieu dès que l'Empereur le voudra, qu'il faudrait seulement que Lucien connût directement et positivement les intentions de l'Empereur; que, si Jérôme veut écrire, Boyer partira sur l'heure et reviendra avec la réponse. Jérôme tergiverse et cherche une échappatoire : « Pour écrire, dit-il, il faut que je prenne les ordres de l'Empereur. Je ne veux pas faire comme d'autres qui, au
lieu de travailler à l'union de la Famille, perdent leur temps en bouderies. Mais la correspondance est un moyen si lent! J'en voudrais un plus prompt. » On lui propose un rendez-vous, une entrevue. « Gela n* est pas si aisé, répond-il. Je vais partir pour Cassel ; je verrai. Je suis fâché que Lucien ne vous ait pas donné des instructions. » Puis, des recommandations de secret absolu : « Nous avons des ennemis qui craignent le rapprochement. » Encore des allusions mystérieuses, et, en les congédiant, l'assurance qu'il verra l'Empereur dans la journée. Il le voit peut-être, mais il ne fait rien dire.
Durant ce temps, que pense Lucien? La nouvelle du divorce impérial l'a surpris et il s'est plaint à Elisa qu'elle ne l'eût pas averti, alors que l'envoi de Campi eut dû lui faire tout pressentir. Les avis d'ailleurs ne lui ont pas manqué. Par Girardin, il en a reçu de Joseph. 11 en reçoit de directs d'Elisa qui lui écrit : « Jusqu'ici, rien ne peut me faire soupçonner quelle sera la nouvelle épouse de l'Empereur; si mes vœux étaient exaucés, ce choix mettrait fin à une division bien pénible pour mon cœur. » Il en reçoit de plus précis encore de Madame et, ce qui' semble décisif, de Fouché, son ancien ennemi, réconcilié avec lui grâce à des intermédiaires complaisants. Elisa, à qui Madame a écrit en détail sous le couvert d'un banquier, revient à la charge, s'adresse, comme il fallait, non au mari, mais à la femme, laquelle accorde le