CAMPI CHEZ MADAME
paration, répond Madame, mais nous nous sommes aperçus qu'il a toujours pris la séparation pour le divorce, puisqu'il a répondu qu'il entendait une séparation comme celle qu'il avait faite avec l'Impératrice. Au reste, ajoute-t-elle, j'ai été contente de tout ce qu'il a dit. Le cardinal l'a prié de n'exiger que le divorce civil sans que l'Eglise s'en mêlât et l'Empereur y a consenti. Ainsi, Lucien n'a plus de raison pour refuser ce que demande l'Empereur. — Mais, dit Campi, la prière du cardinal me paraît peu importante; l'Eglise ne fait ni mariage ni divorce. — Vous vous trompez, répond Madame ; c'est beaucoup. D'ailleurs, l'Empereur reconnaît les enfants. Cette seule considération suffit pour que Lucien vienne décidé à faire ce que l'Empereur demande. Qu'il vienne avant le Mariage ; toute la Famille va être réunie ; le moment ne peut pas être plus favorable. ... L'Empereur, continue-t-elle, est de bonne foi. Il n'exigera jamais que Lucien se remarie ; il m'a dit que, si Lucien a un royaume, il sera maître d'appeler auprès de lui qui bon lui semblera. Je suis sûre que si Lucien fait divorce, il aura tout ce qu'il voudra, et, s'il ne le fait pas, il est perdu pour toujours. Qu'il vienne incognito, qu'il se rende chez moi, nous irons aux Tuileries et, s'il n'est pas content de ce que l'Empereur veut faire pour lui, il s'en retournera ; mais il faut qu'il vienne avec la résolution de dire à l'Empereur : « Sire, puisque vous reconnaissez mes enfants, faites de moi ce que voulez. » Si Lucien ne profite pas de cette circonstance, je croirai moi-même
qu'il est devenu l'ennemi delà Familie ou qu'il a perdu la tête. »
Campi, de l'appartement de Madame, monte chez Louis, en qui il croit trouver un allié. « J'écris une longue lettre à Lucien, lui dit Louis; je lui dis tout ce que je pense sur le divorce demandé par l'Empereur. — Votre Majesté fait bien, répond Campi ; M. Lucien a eu bien de la peine à croire que vous lui conseilliez le divorce. Toutes vos lettres contenaient un avis contraire. — Ceci est vrai, dit Louis ; mais il n'avait pas été question de reconnaître les enfants; on voulait la nullité du mariage; c'était déclarer les enfants bâtards. Aujourd'hui, l'Empereur demande le divorce ; par ce divorce, le mariage est reconnu; les enfants sont légitimes; je ne vois plus de raison pour -ter à l'Empereur. La politique, continue-t-il, a commandé à l'Empereur de faire divorce parce qu'il n'avait pas d'enfants ; la politique et la raison commandent à Lucien de faire divorce pour faire reconnaître ses enfants. Ce divorce est en même temps un acte de soumission qu'il fait à son souverain ; il n'y a pas là de déshonneur, tous les amis applaudiront. Je suis le plus maltraité, vous le savez, mais je ne dois pas cacher la vérité à Lucien. Nous, membres de la Famille impériale, nous sommes moins libres que des particuliers. Les particuliers sont protégés par le Code civil; ce code n'existe pas pour nous; il y en a un qui nous soumet entièrement à l'Empereur. C'est notre destinée, il faut la suivre. Quelle est dans