CAMPI CHEZ LOUIS
ce moment la position de Lucien"? 11 n'y a pour lui, ni Code civil ni code de famille. Il n'a pas môme Ja liberté de quitter l'Europe sans devenir l'ennemi de son souverain et de sa patrie. Que doit-il faire? Se réunir à sa famille, entrer dans le système de l'Empereur. Je suis sûr que l'Empereur désire que le moment du Mariage soit celui de la réunion de la Famille, mais je suis sûr aussi que ce désir ne le portera jamais à reconnaître la femme de Lucien. Il s'est expliqué trop clairement sur ce point. Il faut donc que Lucien, pour le bonheur de ses enfants, pour le bonheur de tous, fasse le sacrifice qu'on lui demande. Il ne peut pas raisonner comme on raisonnait il y a dix ans ; les temps sont changés. 11 est trop éloigné pour voir les choses telles qu'elles son'. Qu'il pense que ce n'est pas l'Empereur qui a besoin de Lucien ; l'Empereur n'a besoin de personne; mais, nous tous, nous avons besoin de l'Empereur et de Lucien. Lucien croit peut-être qu'il y a de la gloire à résister à l'Empereur : c'est la gloire de nos ennemis ; notre gloire à nous, c'est d'être réunis. Je désire sincèrement que Lucien partage ces sentiments; je lui écris dans ce sens et j'espère l'embrasser bientôt. Lucien pourrait être ici pour le mariage de l'Empereur. »
Ayant recueilli ce discours, étonnant dans la bouche du roi de Hollande, où l'on n'entendrait rien si l'on ne savait que, sagace pour tout ce qui est des autres, Louisn'a l'entendement troublé que lorsqu'il s'agit de lui-même, Campi n'a plus dans la Famille à espérer auv. 6
cun appui. Madame, Fesch, Louis, Pauline lui remettent leurs lettres ; il les expédie à Lucien par le courrier qu'il a amené de Canino. « Il résulte du volume que je vous envoie, lui écrit-il : 1° Que vous ne pouvez pas vivre en Europe sans entrer dans le système de l'Empereur ; 2° Que vous ne pouvez pas passer en Amérique sans encourir la peine de la déportation. J'aurais bien des passeports si vous les demandiez, ou si je les demandais pour vous, mais l'éclat qu'on donnerait à votre demande serait votre condamnation. Quel parti prendrez- vous ? Je n'en sais rien. Mon second entretien a été plus loin que le premier. L'Empereur veut absolument vous placer auprès de lui ou vous perdre. Je suis convaincu de cette vérité. Votre maman et le cardinal, qui, jusqu'à présent, vous ont écrit d'une manière bonne, ne parlent plus que dans le sens de l'Empereur. Le roi Louis semble se faire son procès. Ils ne voient tous de salut, pour eux et pour vous, que dans une entière soumission à la volonté de l'Empereur... Décidez-vous le plus tôt possible et d'une manière loyale. »
Le courrier ne porte pas seulement des lettres à Lucien, il en porté aussi à sa femme. Madame écrit à Alexandrine et son intervention doit paraître d'autant plus décisive qu'elle-même, jadis, a vu et reçu Mme Lucien, qu'elle a vécu près d'elle, qu'elle s'est exilée à cause d'elle, qu'elle a été marraine d'une de ses filles et que, depuis neuf années, elle la soutient seule. Si Madame, à présent, déclare que le seul parti à