‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 36 sur 141 · LETTRE DE MADAME A ALEXANDRINE · texte numérisé non relu

LETTRE DE MADAME A ALEXANDRINE

prendre est celui du divorce, on peut la croire. Sans doute, une telle contradiction est pénible à exposer, mais, à force de simplicité et de dignité, on a sauvé ce que la situation a d'anormal et de cruel : « Vous savez, écrit Madame, tous les malheurs que votre mariage avec Lucien a attirés sur notre famille et devez juger qu'ils sont à l'excès par la démarche que je vous propose de faire. L'Empereur veut votre divorce : Il dépend de vous de décider Lucien à le faire et, dans le cas où il s'y refuserait, de le demander vous-même. C'est le moyen d'éviter la disgrâce qui le menace, ainsi que vos enfants et tout ce qui vous appartient. Si vous le faites, au contraire, vous ferez le bonheur de votre mari et celui de vos enfants... Ne balancez pas entre une vie remplie d'amertume et de chagrin à laquelle vous devez vous attendre, si vous vous obstinez, et la perspective d'un avenir heureux; à la fin, vos enfants seront reconnus par l'Empereur et pourront succéder à des couronnes... Enfin, si vous avez quelque considération pour une mère qui a su, en tout temps, faire des sacrifices pour ses enfants, vous le ferez aussi pour moi et je vous assure que je ne l'oublierai de ma vie. »

Escomptant une réponse qu'elle espère conforme à ses désirs, Madame, le soir même, présente Lolotte à l'Empereur. La petite fait bon effet, paraît suffisamment assurée, quoique respectueuse. Physiquement, elle est agréable et promet d'être belle, elle a le type des Bonaparte et cela plaît ; elle s'en aperçoit et en

prend confiance. Mais l'Empereur, en ce qui la concerne, a subordonné ses décisions définitives à la soumission de Lucien ; il la reçoit seulement comme fille de son frère, sans lui faire donner de la princesse. Madame se conforme à cet exemple venu de haut, mais Louis ne veut pas attendre et, dès le matin, il a ordonné à toute sa maison « de regarder Lolotte comme une princesse et de lui donner le nom de Madame. » Les étrangers font de même et Lucien qui rapprend, en tire à la fois une satisfaction paternelle et une assurance pour lui-même : désormais il adresse ses lettres à la Princesse Lolotte.

Ce que Lucien croit une première victoire l'encourage à persévérer dans sa résistance. Le 29 mars, Campi reçoit sa réponse. L'Empereur est alors à Gompiègne, tout aux préparatifs et aux joies du second mariage. Il y est entouré de sa famille entière et de toute sa cour. Lucien, y arrivant, eût été reçu par Louis, Jérôme, Pauline comme un sauveur ; Elisa que sa grossesse retient à Paris, Madame qui n'a pas voulu abandonner Lolotte et qui attend avec impatience ce fils chéri, lui eussent ouvert toutes les voies pour ménager son amour-propre; mais il ne s'agit point de cela : sa réponse est négative, pleine de violences. Toutefois, ce qui montre assez qu'il ne croit pas, de la part de l'Empereur, à une résolution définitive, il renouvelle la proposition d'accepter une place non héréditaire; à défaut, il demande ses passeports. Telle est, au résumé, la lettre que Campi

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