‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 38 sur 141 · OPIA'ION DE MADAME · texte numérisé non relu

OPIA'ION DE MADAME

me servir qu'en devenant princes. Gela ne convient pas à Lucien ; eh bien ! tout est fini ! Je vous charge de dire à mes parents que je désire qu'on ne me parle plus de cette affaire. Vous avez connu à Ajaccio l'archidiacre Luciano dont Lucien porte le nom : Il nous dit à l'heure de la mort que Lucien serait le mauvais sujet de la famille : il a eu raison. Vous verrez que Lucien fera d'autres bêtises et qu'il n'épargnera jamais ni parents ni amis. Vous ne le connaissez pas encore. — Puisque la proposition de M. Lucien est rejetée, dit Campi, puis-je demander les passeports qu'il désire et aller chercher Lili? — Je ne me mêle pas de ses passeports, ni de son départ, répond l'Empereur. Madame vous dira ce que vous avez à faire pour Lili. Quant à Lolotte qui est ici, elle ne pourra jamais être la femme d'un prince si Lucien continue à rester dans l'état où il est. »

A son retour de Compiègne, le 11, Campi va rendre compte à Madame de son entretien avec l'Empereur : « J'admire la patience de l'Empereur, lui dit-elle, Lucien est fou s'il ne profite pas de cette circonstance. Qu'il réfléchisse bien que les propositions faites par l'Empereur sont dictées par une politique profonde. L'Empereur veut prouver au monde qu'il a fait tout ce qu'il lui était possible de faire pour se réconcilier avec Lucien, Lucien se conduit comme si un grand malheur menaçait la Famille impériale et qu'il voulût se mettre à l'abri de ce malheur. S'il fait ce calcul, il est coupable. D'ailleurs, ces précautions seraient

inutiles. Si la Famille impériale tombait. Lucien serait entraîné dans sa chute. Je désire, ajoute-t-elle, que vous partiez le plus tôt possible. Allez faire connaître à Lucien Tétai dans lequel vous me laissez. Vous savez que, depuis la lecture de cette lettre fatale, je n'ai pas fermé les yeux. J'ai beau cacher mes chagrins à Lolotte, elle les devine et nous ne faisons que pleurer. Que Lucien vienne nous consoler ! Qu'il vienne ! je mourrai contente ! »

Fesch, que Campi va voir ensuite, lui répète avec prolixité les mêmes arguments ; selon son usage, il revient sur tout le passé ; de neuf, pourtant, il ajoute, afin de prévenir l'effet de certaines correspondances : « Lucien vous parlera peut-être des chagrins de la Famille. Il vous dira qu'il est heureux de ne pas partager ces chagrins, mais, à parler franchement, qu'est-ce que ces chagrins ? Jérôme, Murât, Caroline et les autres se plaignent d'être restés debout devant l'Empereur et l'Impératrice, d'avoir porté le manteau impérial. Ils se plaignent donc d'être princes! Qui ne voudrait être à leur place ? Quand ils rentrent dans leurs Etats, sont-ils moins rois? Font-ils moins ce qu'ils veulent? S'ils se croyaient humiliés, resteraient-ils à Paris? Qui les y oblige? Lucien, conclut-il, raisonnerait autrement s'il était ici; il ne dépend que de lui d'être heureux et de faire des heureux. Il vaut mieux être roi que demander des secours à des rois. D'ailleurs, quant on sera convaincu que la réconciliation ne peut plus se faire, chacun pensera à soi. »

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